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    seront disponibles sur le site en version iBook et en version Pdf dès septembre
    2009.















Iran et Arabie Saoudite dos à dos à l’intérieur de l’ O.P.E.P.


Fig 28.12.76

Pétrole : la hausse remise en question ?


De combien le prix du pétrole va-t-il augmenté le 1er janvier 1977 ?


La compagnie nationale des pétroles Iraniens ( NIOC ) a officiellement annoncé hier qu’elle relèverait samedi de 1,19 dollars le prix de son baril de brut. Soit une hausse de 10 %.


le Koweït a pris une décision similaire, alors que l’ Indonésie se contentera d’une augmentation de 5 %. les dirigeants saoudiens, pour leur part, n’ont encore rien annoncé publiquement. Mais l’hebdomadaire économique " Middle East Economic Survey " ( MEES ), généralement bien informé, vient de préciser que la production de l’ Arabie Saoudite allait passer de 8,5 millions de barils par jour à 10 millions de barils par jour. " L’ Arabian Light ", c’est-à-dire la qualité la plus courante de pétrole qui sert de référence mondiale, serait relevée de 5 %, tandis que le brut lourd ( " Arabian Heavy " ) n’augmenterait que de 3,6 %.


Quoi qu’il en soit, les décisions prises par les pays exportateurs le 16 décembre dernier à Doha ( Qatar ) pourraient être remises en cause rapidement, l’ Iran, selon des informations en provenance de Koweït ( et démenties à Téhéran ), ayant demandé la convocation d’une nouvelle réunion de l’ OPEP pour le début 1977.


A gauche, cheikh Zaki yamani, ministre saoudien du pétrole ; à droite, Sa Majesté le Chah d’ Iran. ce sont les protagonistes du " jeu pétrolier " : le premier est favorable à une hausse modérée du brut en 1977 ; le second voulait une augmentation de 15 %.


Comment s’y reconnaître dans cette marée de chiffres qui arrivent depuis plusieurs jours, en provenance des pays pétroliers ? Après la réunion de Doha, tout paraissait simple.


d’un côté, l’ Arabie Saoudite et le émirats unis - 30 % des exportations de l’ OPEP et 45 % des importations françaises - faisaient bande à part, en décidant de n’augmenter leurs hydrocarbures que de 5 %.


De l’autre, les onze autres membres de l’ Organisation annonçaient une hausse de 15 % en deux temps : 10 % le 1er janvier, 5 % le 1er juillet.


Mais en fait, très rapidement, les pays exportateurs se sont rendus compte que de telles résolutions étaient difficilement applicables.


On pourrait certes comprendre qu’en période de forte activité économique un double prix du pétrole puisse être appliqué. mais, actuellement, la demande mondiale de brut est loin d’être à son maximum ( voir page 6 ). Donc si le premier exportateur mondial - l’ Arabie Saoudite - veut passer sur les prix, il lui suffit d’augmenter sa production.


Si l’on en croit le M.E.E.S., - et ces informations ont été confirmées hier par des majors américains - Ryad a d’ores et déjà décidé d’appliquer cette stratégie.


les autres pays du Golfe, en particulier l’ Iran, l’ Irak et e Koweït, vont donc se trouver en position difficile.


certes la fluidité du marché de l’or noir n’est pas totale. les compagnies pétrolières ont tissé, au fil des ans, des relations privilégiées avec tel ou tel pays. Tout ne peut pas se défaire en un jour. Mais comment imaginer qu’une même société enlèvera de bon coeur, à quelques kilomètres de distance, deux cargaisons identiques à des prix différents.


L’ Iran - deuxième exportateur mondial - pourra difficilement tenir un tel langage aux grandes compagnies.


Il faut, d’ailleurs, remarquer que les nouveaux prix annoncés hier par Téhéran ne concernent que la N.I.O.C. , c’est-à-dire la compagnie nationale. Les tarifs applicables au " Consortium " - le groupe de sociétés qui exploitent en commun le sous-sol de l’ Iran - pour la part dont il dispose, n’ont pas été communiqués.


Alain DUMAIT et Christian GUERY.


( Suite page 6, col. 6 à 8 ).


LE FIGARO - MARDI 28 DÉCEMBRE 1976

ÉCONOMIE
Pétrole la hausse remise en question ?


( Suite de la première page )


L’ Indonésie a été le premier à se rendre compte des difficultés d’application des décisions de Doha.


Ce pays est en effet, en concurrence directe avec les émirats arabes unis pour la fourniture de brut au japon. le marché nippon serait perdu pour l’ Indonésie, si celle-ci relevait ses prix de 10 % alors qu’ Abu Dhabi se contenterait de 5 %.


En bonne logique d’économie libérale donc, la hausse du pétrole effectivement appliquée devrait être plafonnée à 5 %, puisque l’ Arabie saoudite le veut et le peut.


Selon le M.E.E.S., certains membres de l’ O.P.E.P., et notamment la Libye, l’ Algérie, le Venezuela, le Koweït, Qatar, l’ Irak et le Nigéria se seraient concertés pour " conter toute augmentation de production saoudienne par une réduction de leurs productions respectives ", afin de maintenir la demande internationale stable.


Cette politique a-t-elle quelque chance de succès ? Dans le passé, certains pays exportateurs ont cherché à réduire conjointement leur production. Mais toutes ces tentatives onr régulièrement échoué, les nations les plus peuplées ayant des besoins financiers trop importants pour se résoudre à fermer leurs robinets.


On ne voit pas pourquoi il n’en serait pas de même aujourd’hui. D’autant que pour l’ Irak, et surtout pour l’ Algérie, les capitaux nécessaires à leur développement font aujourd’hui cruellement défaut.
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Une autre crise de l’énergie


Cela dit, il ne faut pas se réjouir trop vite de la discorde qui règne au sein du cartel des pays exportateurs.


En effet, on sort à peine de la crise du pétrole de 1973 que déjà un peu partout les experts parlent " d’une autre et à long terme probablement plus sérieuse crise de l’énergie " ( M. Ulf Lantzke, directeur exécutif de l’ Agence internationale de l’énergie, le 3 novembre 1976 ). Un rapport d’octobre 1976 de la C.E.E. contenait cet avertissement : " Il ya certainement de grands risques que - sauf si la reprise économique actuelle se révélait sans lendemain - on se trouve dès 1977 dans une période difficile. "


ce qui inquiète tous ces experts peut surprendre : pour eux, le pétrole est trop bon marché.


Au rythme actuel des extractions, les pays pétroliers ne pourront satisfaire la demande des pays industriels que pendant encore 15 ou 20 ans. Et après ? Si la structure actuelle des prix des différentes sources d’énergie demeurait la même ce serait la crise, ou plutôt la panne. Faute d’avoir à temps développé des sources non conventionnelles d’énergie pourtant d’ores et déjà disponibles.


Non seulement aux États-Unis, mais partout ailleurs en Occident, les perspectives d’indépendance énergétique reculent. Elles resteront fort éloignées, aussi longtemps que le pétrole sera à 12-13 dollars le baril, tandis que l’équivalent en sources non conventionnelles d’énergie vaudra plus du double.


En somme, beaucoup d’experts occidentaux se mettent à partager le point de vue d’économistes arabes comme Nicolas Sarkis, un expert d’origine syrienne fort écouté dans plusieurs pays de l’ OPEP : plus le pétrole sera cher, plus on l’économisera et plus s’éloignera la crainte " d’une panne " des approvisionnements. En tout cas, aussi longtemps que le pétrole sera nettement moins cher que l’atome ou les schistes bitumineux, l’ Occident ne sera pas motivé pour rechercher une plus grande indépendance énergétique.


La France - comme tous les pays occidentaux - aurait donc le choix entre Charybde et Scylla : une forte hausse du pétrole brut au cours des prochaines années ferait plonger notre économie dans une grave récession ; pas de hausse du prix du pétrole nous conduirait tout droit à une grave crise d’approvisionnement. Et l’on ne peut - une fois encore - que regretter les retards pris dans les constructions de centrales nucléaires : plus d’un an de retard pour Fessenheim I, presque autant pour Fessenheim ii et Bugey II.


Rarement intérêts à court terme et à moyen terme n’ont été aussi divergents. C’est pourtant un domaine où les choix doivent être faits dix ans à l’avance. ne pas choisir peut être une politique ; sans doute la meilleure. Avant de se réjouir des fêlures qui apparaissent dans le cartel de l’ O.P.E.P., il faut, on le voit, y regarder à deux fois.


Alain Dumait et Christian Guéry.

Capacité de production et production effective des pays de l’ O.P.E.P.


En millions de barils par jour 1 million de barils / jour = 50 millions de tonnes / an. Source : Nicholas Sarkis - Pétrole et Gaz arabes.


Capacité
production
au 30.09.1976


Production
effective
janv.-sep. 76


Capacité
excédentaire
production>


Algérie


1,10


0,96


0,14


Arabie Saoudite


11,80


8,34


3,46


E.A.U.


2,40


1,91


0,49


Equateur


0,22


0,18


0,04


Gabon


0,25


0,21


0,04


Indonésie


1,75


1,49


0,26


Irak


2,80


1,99


0,81


Iran


6,60


5,64


0,96


Koweït


3,30


1,89


1,41


Libye


2,50


1,89


0,61


Nigéria


2,70


2,03


0,67


Qatar


0,65


0,49


0,16


Venezuela


2,75


2,27


0,48


Total


38,82


29,29


9,53


Ce tableau montre que la demande pétrolière mondiale est encore insuffisante, puisque aucun membre de l’ O.P.E.P. n’utilise ses capacités de production de brut à plein. Mais, en fait, un seul exportateur est susceptible de peser dans un sens ou dans un autre sur le marché : l’ Arabie Saoudite qui peut décider, pratiquement du jour au lendemain, d’extraire de son sous-sol 11,80 millions de barils par jour. Ce qui correspond à une augmentation de 173 millions de tonnes par an, soit plus que la consommation annuelle d’hydrocarbures de la France ( 120 millions de tonnes ).

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