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Page 42 - LE MONDE - 18 décembre 1976

SCIENCES
La renonciation par la France de l’exportation d’usines de retraitement nucléaire


"Nous sommes ravis d’apprendre cette décision, c’est une très bonne nouvelle", a déclaré jeudi 16 décembre un porte-parole du département d’Etat en apprenant la décision de la France de ne plus autoriser jusqu’à nouvel ordre la vente à des pays tiers d’usines de retraitement de combustibles irradiés. De son côté, M. Javits, sénateur républicain de New-York, qui a récemment rencontré M. Giscard d’Estaing, a estimé que la France était désormais prête à rejoindre le camp des pays qui luttent contre la prolifération.


L’Allemagne fédérale, qui est également exportatrice d’usines de retraitement, n’a fait aucun commentaire et rien n’indique qu’elle s’apprête à prendre une décision du même ordre. Vendredi, la presse ouest-allemande se contente d’annoncer la décision française.


A Paris, dans le bulletin "la Politique ce matin", Georges Broussine, qui exprime les vues de certains gaullistes, remarque que l’Allemagne fédérale "résisté" aux pressions américaines pour qu’elle reconsidère la vente d’une usine de retraitement au Brésil, et il pose la question :
"Les inconvénients économiques de la nouvelle politique française d’exportation nucléaire pourront-ils faire l’objet de compensation de la part des Etats-Unis ?" Et il répond : "On ne voit pas bien quel créneau privilégié pourrait être garanti à la France sur les marchés mondiaux." Il n’exclut pas que les Etats-Unis se montreront plus accommodants pour l’atterrissage de Concorde.


"La Lettre de la Nation" déclare de son côté : "La décision (...) répond au souci nettement affirmé des Etats-Unis, et plus discret de l’U.R.S.S. Est-elle bonne pour la France ?
Economiquement, sûrement pas. Politiquement, la question est posée."


Il semble en tout cas que la décision française a été prise sans consultation de son principal partenaire économique et, en la matière concurrent, l’Allemagne fédérale qui, jusqu’à nouvel ordre garde les mains libres.


La France n’a apparemment pas obtenu non plus pour son geste de compensation américaine, du moins au préalable. On ne voit d’ailleurs pas comment elle pourrait en obtenir ou en négocier une tant que la nouvelle administration américaine n’est pas en place. - M.D.



Paris pourrait participer à la création d’usines multinationales


La décision, annoncée par la France, de ne plus vendre d’usine de retraitement n’implique pas l’intention de renoncer à toute transaction bilatérale dans ce domaine : Paris entend assurer les services du cycle de combustible qui lui seraient demandés en mettant par exemple à la disposition de pays tiers ses propres capacités de retraitement. Ainsi, le Japon - que la France a aidé à construire une unité de retraitement capable, dès maintenant, de produire près de 1 500 kilogrammes de plutonium par an suffisante, notons-le en passant, pour fabriquer plusieurs bombes atomiques, mais insuffisante pour les besoins énergétiques futurs
du pays) - donnera à retraiter à la France des combustibles irradiés : il récupérera les déchets correspondants, mais le plutonium produit restera propriété française, ou sera restitué sous une forme "non dangereuse", par exemple mélangé à de l’uranium, pour en faire un nouveau combustible.



Une "convergence d’analyses"


Bien plus, M. Jean-Philippe Lecat, porte-parole de l’Elysée, a laissé entendre à la sortie du conseil que l’embargo nouvellement appliqué n’excluait nullement l’éventualité de discussions multilatérales sur le problème du retraitement ( et non bilatérales comme nous l’avons écrit par erreur dans certaines éditions du Monde du 17 décembre).


Cela indique - ce que l’on confirme dans les milieux bien informés - que Paris est disposé à participer à la mise sur pied d’usines multinationales de retraitement, suivant la proposition faite récemment par M. Henry Kissinger. Il paraît cependant improbable que la nouvelle administration démocrate reprenne telles quelles ces propositions - qui intéressaient également les usines d’enrichissement de l’uranium : l’entourage de M. Jimmy Carter affirme même que le nouveau président des Etats-Unis s’opposera au retraitement "en général".





Toujours dans les milieux informés, on souligne que la nouvelle ligne de conduite adoptée par la France dans la lutte contre la prolifération ne constitue pas un alignement sur les positions américaines, mais correspond plutôt à une "convergence d’analyses". On affirme que la décision prise jeudi n’est la conséquence d’aucune pression de la part des Etats-Unis ou d’autres pays. Les dangers réels de la prolifération, indique-t-on en substance, sont vraiment apparus au cours de ces dernières années, en particulier avec l’explosion, en mai 1974, de la bombe indienne, et la mise en route des premières installations industrielles de retraitement, dont l’usine de la Hague. La question du retraitement, affirme-t-on, s’est tout particulièrement posée du fait des demandes exprimées à ce sujet par des pays dont les motivations économiques n’apparaissaient pas clairement, et qui pouvaient songer à se doter de ces installations pour fabriquer des bombes.


Pas commercialisable avant plusieurs années


On indique encore, s’agissant des réacteurs nucléaires de seconde génération, susceptibles d’utiliser le plutonium comme combustible (les surrégénérateurs essentiellement), que ce type de matériel ne sera pas commercialisable avant plusieurs années : une éventuelle livraison de plutonium pour ces réacteurs ne se pose donc pas pour le moment.


Pour ce qui concerne le contrat signé entre la France et le Pakistan, M. Lecat a rappelé la position française, c’est-à-dire que Paris respecterait l’engagement pris. De plusieurs sources, on confirme sans ambiguïté qu’un tel contrat ne serait, évidemment, plus signé aujourd’hui ; on note également que Islamabad, qui risque de voir les Etats-Unis et le Canada suspendre leurs livraisons d’uranium enrichi, pourrait bien être amené à reculer.


L’industrie française ne sera que peu touchée par la décision du gouvernement français. La société Saint-Gobain-Techniques nouvelles, filiale du groupe Saint-Gobain-Pont-à-Mousson (S.G.P.M.) et sous-traitant du Commissariat à l’énergie atomique (C.E.A.), ne fournit que l’ingénierie des usines, édifiées sur place avec une quantité relativement réduite de fournitures extérieures. A titre d’exemple, cette filiale emploie 100 personnes sur 400 dans l’exécution du contrat avec le Pakistan.


Le conseil de politique extérieure - M. Lecat a rappelé jeudi qu’il s’agissait d’un organisme permanent - se réunira à nouveau au début de l’année prochaine ; il devrait, pour la première fois, se pencher sur des cas précis.



L’ANNULATION DU CONTRAT CORÉEN : une décision "purement française".


"Le Monde" ayant rappelé dans ses dernières éditions d’hier qu’un contrat comportant la vente par la France à la Corée du Sud d’une usine de retraitement avait été annulé "sur pression américaine", l’Elysée a précisé jeudi 16 décembre :


"1) Le contrat avec la Corée du Sud a été annulé par une décision purement française prise par le chef de l’Etat ;


2) La politique de non-prolifération est définie par la France, pour son propre compte, comme en témoigne l’ensemble des décisions prises et des principes affirmés par le conseil de politique extérieure nucléaire."


[ Nous avions parlé, en effet, de pressions américaines, sans préciser cependant sur qui elles avaient été exercées : Paris ou Séoul. L’Elysée a pensé qu’il s’agissait de la France, d’où sa réaction. Mais si M. Giscard d’Estaing a pris soin, en effet, déjà par le passé, de préciser que la décision était la sienne, les officiels américains avancent, dans le privé, une autre version. Selon eux, ce sont bien les pressions de Washington, notamment sur la Corée du Sud, qui ont conduit à l’annulation du contrat.]



LE COMMUNIQUÉ DE L’ÉLYSÉE


Au terme de la réunion du conseil de politique nucléaire extérieure, M. Lecat, porte-parole de l’Elysée, a donné lecture du communiqué suivant :
"Fidèle à sa tradition pacifique et humanitaire, la France entend ne pas contribuer à la terrible menace que constitue la prolifération de l’arme nucléaire."

"En application des principes arrêtés le 11 octobre dernier par le conseil de politique nucléaire extérieure, le gouvernement français a décidé de ne plus autoriser, jusqu’à nouvel ordre, la signature de contrats bilatéraux portant sur la vente à des pays tiers d’installations industrielles de retraitement de combustible irradié."

"Il rappelle, conformément aux termes de sa déclaration du 11 octobre, que, l’énergie nucléaire représentant pour un certain nombre de pays une source d’énergie compétitive et nécessaire à leur développement, la France reste disposée à contribuer à la mise en oeuvre de ses applications pacifiques selon les principes qu’elle a définis."



Pourquoi une usine de retraitement au Pakistan ?


En prévoyant de se doter, d’ici à la fin du siècle, de centrales nucléaires représentant une capacité installée totale d’environ 5 000 mw, et d’une usine de retraitement commandée en France, le Pakistan a fait des choix plus politiques et militaires qu’économiques. Sa consommation d’énergie est encore très faible et elle pourrait être "couverte" par les sources de production traditionnelles.


Toutes les richesses minières pakistanaises sont loin d’avoir été mises en valeur et leur inventaire complet n’est pas encore achevé.
Actuellement, les hydrocarbures constituent la principale source de production d’énergie (à raison de 40 % de pétrole et de 35 % pour le gaz naturel) ; les ressources hydrauliques comptent pour 18 % et le charbon 7 %. Les produits pétroliers sont, pour une large partie, importés mais la recherche est menée avec plus de vigueur depuis quelques années sur le territoire national.


Un appel d’offres d’Islamabad


Le Pakistan possède en effet de substantielles réserves de gaz naturel, le charbon est peu exploité et les experts estiment que les ressources hydroélectriques sont insuffisamment développées, que les barrages peuvent aussi servir à l’irrigation.


Le réacteur atomique de Karachi, d’une capacité de 140 mw, a été installé avec l’aide du Canada.


Les déchets produits par cette centrale seront très insuffisants pour alimenter l’usine de retraitement attendue de la France.
C’est pourquoi Islamabad a lancé un appel d’offres pour la fourniture d’une nouvelle centrale, plus puissante que la première - elle sera de 600 MW - et qui sera installée dans le centre du pays (la société française Framatome s’est placée sur les rangs). L’usine de retraitement ne disposera donc pas avant longtemps, si tant est qu’elle soit implantée, d’une matière première en quantité suffisante pour fonctionner. Qu’adviendra alors le plutonium produit ? Ne servira-t-il pas à la fabrication d’engins atomiques puisque le Pakistan ne semble pas en avoir l’usage civil ? Il pourrait être vendu à d’autres pays, ont avancé les autorités pakistanaises, afin d’accréditer la thèse qu’elles ne poursuivent que des objectifs "pacifiques".


A la vérité, M. Bhutto, le premier ministre, souhaite depuis de nombreuses années que son pays dispose d’une capacité nucléaire susceptible de faire pièce à celle qu’a développé l’Inde. Il y a dix ans, alors qu’il était ministre des affaires étrangères, M. Bhutto avait déclaré : "Nous fabriquerons la bombe même si nous devons manger de l’herbe pour y parvenir." Or, depuis cette époque, l’Inde a procédé, en mai 1974, à l’explosion de son premier engin atomique. Les Pakistanais ayant du coup pris conscience de leur retard, ont décidé d’accélérer leur programme nucléaire : des provisions budgétaires (80 % des dépenses de développement sont financées par l’aide extérieure) ont été faites à cet effet. Il est enfin significatif qu’Islamabad, pas plus que l’Inde, n’ait pas signé le traité sur la non-prolifération des armements nucléaires.



GÉRARD VIRATELLE.










B.A.S.F. abandonne son projet de centrale nucléaire d’une puissance électrique de 780 mégawatts (le Monde du 21 mai), à l’étude depuis 1969. Ce projet, qui achoppait sur des problèmes de protection de l’environnement, s’est finalement révélé non rentable, le déplacement de l’usine à 5 kilomètres en aval du Rhin, hors de la plate-forme de Ludwigshafen, qu’exigeaient les autorités fédérales, représentant à lui seul un coût supplémentaire de 300 millions de D.M. (600 millions de francs). La
centrale serait néanmoins construite, mais par un service public allemand et à 8 kilomètres de l’emplacement initial, B.A.S.F. se bornant à participer à son édification pour 1,2 milliard de D.M. alors que le projet initial lui serait revenu à 2,1 milliards de D.M.

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