d’État. On a porté atteinte, sciemment, à l’honneur du pays et à l’honneur du peuple nigérien...

Il croit vraiment, sincèrement, à tout ce qu’il me dit. Il est de toute évidence ulcéré.

Conséquence ? Le chef des services de sécurité, réprimandé, fera preuve de zèle. Cela se traduira par une chasse immédiate aux jeunes, au grand dam du prestige du Niger auprès des représentants de la presse mondiale.

Au plan intérieur, l’affaire prendra bientôt des proportions sans commune mesure avec l’événement.

On arrête trois jeunes gens et une jeune fille. L’effervescence va en augmentant. Le 31 janvier, les écoles rouvrent après une semaine de congé à l’occasion de la visite du président Pompidou qui coïncidait avec la fête musulmane du Tabaski. Réunis, étudiants et lycéens décrètent la grève sur le tas : ils demandent bien entendu la remise en liberté de leurs camarades. Le Ministère de l’Éducation riposte en excluant de l’enseignement, « à titre définitif », 31 jeunes gens et jeunes filles. Étudiants, lycéens et collégiens ne bronchent pas. Le 1er février, le ministre prononce 41 nouvelles exclusions, à titre temporaire cette fois. La grève continue. Le mouvement, d’abord localisé à Niamey, s’étend très vite à Maradi, Zinder et Tillabéry. Le 2 février, le gouvernement ordonne la fermeture de cinq des 27 établissements secondaires et techniques du pays.

À Paris, un jeune farceur s’amuse à téléphoner à la Préfecture de Police. Il annonce une tentative d’enlèvement de l’ambassadeur du Niger qui arrive précisément ce matin du 2 février, de Niamey. Branle-bas de combat, une vingtaine de policiers accueillent M. Aboubacar Sidibé à sa descente d’avion et l’escortent sirènes hurlantes et motards à l’avant, jusqu’à son domicile. L’auteur du coup de fil a dû passer pour un héros auprès de sa petite amie.

Le 12 à Paris, les étudiants nigériens, suivant en cela l’exemple donné durant les semaines précédentes par leurs camarades parisiens du Congo, du Tchad et de Mauritanie, occupent, à leur tour, leur ambassade...

Toujours selon le scénario immuable de la contestation estudiantine, l’Assemblée nationale condamne le 14 février l’attitude des jeunes, mais demande au gouvernement de faire preuve de mansuétude. Le Niger, comme n’importe quel autre pays africain, a en effet soif de cadres. Le 21, les cinq établissements fermés rouvrent leurs portes aux élèves et étudiants n’ayant pas fait l’objet d’exclusion.

Le 23 mars, les membres de l’Assemblée nationale « se penchent sur le sort des élèves exclus et, dans un souci d’apaisement, demandent au gouvernement et au Bureau Politique de prendre toutes les mesures de clémence possible. » Cette conclusion à l’amiable étant prévisible, inéluctable dès

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