d’autant plus dures que la mauvaise volonté du CEA paraît évidente dès le départ. Ses dirigeants ne semblent pas conscients du changement du rapport des forces. Ils semblent, de plus, ignorer, c’est évident, jusqu’aux directives des plus hautes autorités de leur pays. Le président Pompidou n’avait-il pas déclaré reconnaître en juin 1972, le droit des pays producteurs sur la propriété de leurs propres gisements ? M. Jean-François Deniau, secrétaire d’État aux Affaires étrangères, n’avait-il pas affirmé que la France n’avait « aucun intérêt à maintenir des pays en état de sous-développement économique » ? Autant en emporte le vent pour le CEA, plus que jamais mercantiliste.

Sur leur lancée d’octobre 1972, ses dirigeants continuent de considérer, semble-t-il, que « la coopération franco-nigérienne aboutit, pour l’uranium, à une aide colossale » au Niger [12]. En effet, alors que les prix du pétrole s’envolent, M. Beulaygue, directeur général de la Somaïr _désigné par le CEA_ est reçu par le président Diori le 30 janvier 1974. Au chef d’État suffoqué, il annonce froidement que les prix de vente de l’uranium étant fixés trois années à l’avance, et vu la hausse des prix du soufre et du fuel, il faut s’attendre à une hausse du prix de revient de l’uranium, donc à une baisse du profit commercial...

Cette position paraît on ne peut plus incongrue à M. Taranger, directeur des Productions au CEA, donc chef hiérarchique de M. Beulaygue. Il se voit donc obligé d’écrire le 6 février à M. Noma Kaka, ministre nigérien des mines. Sans faire la moindre concession dans l’immédiat, il relève que Mr Beulaygue « connaît très mal les mécanismes commerciaux... »

Dès le 4 février, le Président en parle à M. Jean-François Deniau, venu à Niamey dans le cadre de la dixième réunion de la CFNU. Le Président fait comprendre à son interlocuteur qu’il ne peut accepter le point de vue de M. Beulaygue.

Le 12, il écrit au président Pompidou. Il y relève d’abord que « la crise mondiale de l’énergie a conduit la plupart des Puissances à faire un inventaire précis de leurs ressources en ce domaine et à réexaminer leur politique économique et industrielle, et parfois même leurs relations internationales. » Si le Niger suivait M. Beulaygue, ajoute-t-il, les espoirs qu’il a placés dans l’uranium « se trouveraient réduits à néant au moment même où d’autres pays fournisseurs de matières énergétiques voient s’accroître d’une manière spectaculaire leurs revenus financiers et, par suite, leurs

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