partir de ce métal coûterait alors plus cher que son équivalent allemand par exemple. Obnubilée par le concept de prix du marché mondial, elle veut aussi ignorer que, comme dans l’affaire du pétrole, les autres producteurs d’uranium aligneraient immédiatement leurs prix sur ceux du chef de file.

Durant cette séance, M. Boubou Hama, chef de la délégation nigérienne, « rappelle que la petite ville de Saint-Laurent-des-Eaux reçoit 300 000 000 F par an pour avoir permis l’installation sur la commune d’une centrale nucléaire... » Il aurait pu mentionner encore _c’était aussi dans le rapport_ que le CEA avait prévu, dans le calcul du prix de revient d’une de ses centrales, une redevance annuelle de 1,5 milliards de francs CFA aux 896 habitants de la commune de Fessenheim. Comment croire que les Nigériens ne soient pas ulcérés en comparant ces données avec le milliard de francs CFA que reçoit leur pays pour l’exploitation de leur patrimoine minier ?

Dès la fin de la seconde séance, je rejoins les président Diori et Boubou dans le petit salon. Ce dernier relate ce qui s’est passé, se montre quelque peu optimiste. Il faut attendre le mémorandum, dit-il. Le chef de l’État affirme, lui, que la position de M. Guéna ne l’étonne guère, que Houphouët ne pouvait pas le supporter quand il représentait la France à Abidjan, etc. Il considère que « la bataille pour la revalorisation effective de l’uranium ne fait que commencer. » Pour ma part, je réitère ma suggestion de porter l’affaire devant l’opinion publique française, de la prendre à témoin et de mobiliser tous les amis du Niger _et ils étaient fort nombreux alors_ pour exposer la thèse nigérienne.

Le lendemain, M. Guéna remet le mémorandum prévu. Force est d’admettre qu’il est basé sur des attendus très peu conformes à la vérité.

Ainsi, les prix de revient du kWh nucléaire et thermique sont qualifiés de théoriques, alors que celui du kWh thermique nous avait été communiqué par un très haut responsable de l’EDF. On y relève encore que si des centrales nucléaires et thermiques fonctionnaient 1 850 heures _au lieu de 6 à 7 000_, les prix du kWh seraient égaux [16]. Les auteurs du mémorandum affirment que l’extraction de l’uranium de l’eau de mer [17] coûterait quatre fois moins cher que le prix demandé par les Nigériens...

« Ces considérations de caractère objectif [<a

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