mirage ?... Les bénéfices se réduisent aujourd’hui à peu de chose : un million de francs peut-être... À Paris, on est donc plus soucieux de vendre que de produire. On pourrait craindre, dans ces conditions, que les Nigériens n’en viennent à accuser les Français de stériliser les richesses naturelles de leur pays. »

C’est dans ce contexte que se présente le rapport du 17 janvier 1972 déjà cité. Rédigé en partant des documents collectés, et remis au Président en même temps que quatre gros dossiers annexes, il met en relief, de façon documentée, « le contenu politique de l’uranium », l’oubli par Paris de son « caractère spécifique », les « bénéfices illusoires » qu’en tire le Niger, le « freinage par le CEA de l’exploration et de la production » de l’uranium, mais aussi la « démission » des représentants et négociateurs nigériens. On y trouve enfin un dernier chapitre consacré aux « moyens de pression sur le CEA », bien maigres au demeurant.

Ce rapport venant à la suite d’une campagne dans la presse française et européenne qui avait culminé en décembre 1971 avec l’article du Monde cité ci-dessus, les contacts avec des organismes scandinaves et canadiens intéressés et précédant d’une semaine la visite officielle au Niger de M. et Mme Pompidou, soulève une émotion disproportionnée dans certains milieux parisiens et à... Yamoussoukro.

En effet, ce rapport, censé être secret, confidentiel, et de plus anonyme, connaît une diffusion quasi immédiate quoique absolument non souhaitée.

On voue son auteur aux gémonies en feignant d’oublier qu’il a simplement exécuté une mission d’enquête à lui confiée par le chef d’État de la République du Niger. Celui-ci me demande de ne pas tenir compte des remous soulevés, et de poursuivre ma mission.

À Paris, il s’agit d’expliquer aux journalistes et hommes politiques au pouvoir ou dans l’opposition, que la découverte d’un gisement ne signifie pas grand-chose en soi, si l’exploitation de ce patrimoine ne concourt pas, de façon valable, à l’accroissement du bien-être matériel des gens. Les convaincre aussi que toute l’affaire se joue, hélas, à l’étape préliminaire c’est-à-dire au moment de la signature de la Convention d’exploration, et qu’à ce moment, le gouvernement, désireux d’accélérer la prospection du sous-sol national, se trouve en position d’extrême faiblesse.

Il s’agit encore de défendre le Président et de discréditer les responsables du CEA qui lui font un procès d’intention : ils l’accusent de chercher à priver la France de l’uranium nigérien, alors que son objectif se limite à obtenir une rétribution équitable pour un

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