Maitouraré Gadjo. Avec beaucoup d’innocence, je décide d’écrire à ce dernier deux semaines après le putsch pour en avoir le cœur net. Dans ma lettre du 29 avril, je lui expose les données du problème qui me hante. Le 30, le porteur remet la lettre, en son absence, à son adjoint à la direction de la SONORA.

Le vendredi 3 mai, je reçois un coup de fil de Niamey. On me fait comprendre que Maitouraré m’y attend. Je donne mon accord et informe mon interlocuteur que j’y serai le jeudi 9 mai.

Mercredi 8, vers 16 heures, ma secrétaire m’annonce avoir reçu en mon absence un message de Niamey : « Ce n’est pas la peine que M. Baulin se dérange » et laissant prévoir une entrevue à Paris.

Le jeudi 9, j’apprends en début d’après-midi l’arrivée à Paris, la veille, du commandant Sani et du capitaine Moumouni Djermakoye. À 16h30, un message téléphoné me demande d’entrer en contact avec Sani qui veut me rencontrer : il se trouve à Paris, à la résidence de la SONORA.

Je téléphone à Sani qui me fixe rendez-vous pour 20 h 00 le même jour. Je suis là à 20 h 15... Il arrive accompagné de Djermakoye qui s’éclipsera. Nous regardons la fin du journal télévisé, et à 20 h 30, commençons à discuter en présence de Sidibé. Je le quitterai à 22 h 30.

D’emblée, il me dit : « Tu es la seule personne que je contacterai durant ce séjour, les officiels français mis à part. Je le fais pour t’empêcher de faire des c..., de nous créer des ennuis car je sais ce dont tu es capable quand tu te mets quelque chose en tête... » À cette introduction quelque peu flatteuse mais surévaluée, je réponds par une question, par la question : «  Pourquoi ce coup d’État ? »

— « Rappelle-toi, me dit- il, notre conversation dans l’avion de Niamey-Paris. [3] Rappelle-toi ce que je t’avais dit à ce moment-là, exprès, pour que tu ailles le raconter, avec ta façon brutale, au Président, et me faciliter d’autant la tâche. Eh bien, rien n’a changé. »
— « Tu ne vas pas me raconter à moi que le Président ne tenait aucun compte de ton opinion. Tu aurais pu aller le voir non pas une fois, mais dix fois, vingt fois. Si tu me l’avais proposé, on serait allé le voir ensemble... »
— « Non. D’ailleurs, l’atmosphère avait changé et il n’y avait pas que cela. »

Il se lance alors dans une critique amère, violente, du Président, étonnante de la part d’un homme

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