Président (Issa Ibrahim) l’aurait averti huit jours avant les événements qu’un coup se préparait...

Le lendemain, je vais prendre congé de Maitouraré. Il insiste une nouvelle fois. Il veut que je collabore avec le régime militaire « en attendant de résoudre ton problème de contact avec le Président. » Et il ajoute, pour expliquer son insistance : «  Hier, pendant que tu exposais ton point de vue à Sani, je me suis aperçu qu’il était dépassé par les problèmes politiques. Tu dois accepter, répète-t-il, de jouer un rôle ici. Tu ne dois pas, tu ne peux pas, déserter. C’est important. »

Je lui réponds avec beaucoup de tristesse : « Ton insistance me flatte mais ne peut m’aveugler. Ton amitié t’amène à surestimer mes capacités et mon impact éventuel sur les événements. Je reste profondément convaincu qu’aucun homme n’est indispensable. Je le sais d’expérience. Par ailleurs, je t’en ai déjà entretenu, chez Houphouët comme chez Diori, je me suis toujours battu pour mes idées, pas pour celles des autres. J’ai quitté Houphouët quand il a voulu m’imposer ses vues sur le Biafra. L’harmonie des idées entre le Président et moi faisait, en ce qui me concernait, le charme de ma collaboration. Maintenant... »

Je pose ainsi le premier jalon de mon retrait. En effet, ma religion est faite. Aucun des arguments entendus ne m’a ébranlé dans ma conviction qu’il y avait eu collusion entre certains services parisiens et le corps des officiers nigériens. Je retire de plus l’impression que ceux-ci en sont conscients et essaient de se disculper en chargeant le Président et le régime civil de tous les péchés d’Israël. Je sais donc ce qui me reste à faire.

Sani n’a-t-il pas proposé un délai de grâce d’un mois ? Soit. Je ne puis entrer en contact avec l’ex-chef de l’État, je cesserai, à partir du 1er juin, toute collaboration positive, constructive, avec le régime militaire et ses hommes.

À ce moment, je ne pense pas que Maitouraré se trouve dans cette catégorie.

Je quitte donc Niamey après avoir rencontré, je les recense mentalement, 19 personnes appartenant aux milieux les plus divers. Tout cela est bien triste.

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