innocents dans la meilleure des hypothèses, et de calomnies vicieuses dans la pire. Peine perdue. Il ne veut pas écouter. Lui aussi veut se donner bonne conscience.

Et Maitouraré Gadjo ? Depuis mon arrivée à Niamey, j’attends avec une impatience croissante son retour du Nigéria. Mon meilleur ami nigérien était-il au courant ? A-t-il, lui aussi, trahi la confiance de celui dont il était, incontestablement, le bras droit ?

Je connaissais la très grande amitié qui le liait à Sani. Ils se voyaient chaque jour, plusieurs fois par jour. D’autres officiers comme Sory, Boulama Manga, Sala, etc., tous membres du Conseil Militaire Suprême, étaient également ses amis. Il leur avait rendu, à tous, de menus services (bons d’essence, prêts).

Par contre, ses relations avec Kountché, déjà peu chaleureuses, étaient devenues exécrables du jour où, le Président étant en déplacement à l’étranger, des rumeurs de coup d’État provenant de l’entourage de l’ambassadeur de France, M. Wintrebert, avaient amené Maitouraré à mettre en état d’alerte _avec l’aide de Sani !_ la garnison de Niamey, en passant par-dessus la tête de son commandant… Seyni Kountché. Tout Niamey savait que celui-ci avait considéré cette initiative comme une insulte personnelle, que l’affaire avait été portée au niveau de la Présidence de la République. L’affaire s’était arrangée même si Kountché lui avait gardé, depuis, une rancune tenace.

Alors ?

Le samedi 18 à 11 h 20, je suis à l’aéroport pour accueillir Maitouraré _arrivant de Lagos via Kano et Maradi. Il est accompagné de l’ambassadeur Ibrahim Loutou. Il m’embrasse avec beaucoup de chaleur. Il fait la queue comme tout le monde. Ses effets sont fouillés avec encore plus de minutie que ceux des voyageurs ordinaires. Décidément, on ne le traite pas en V.I.P., ce qui me rassérène quelque peu. Il me donne rendez-vous à la SONORA à 17 heures, car « sans doute je vais être convoqué à l’État-Major pour faire mon rapport. »

À l’heure dite, je suis à l’entrée de l’immeuble de la SONORA, quand je vois déboucher Maitouraré qui, avant de s’engouffrer dans sa voiture, me dit : « Je vais au Quartier Général. Reviens à 18 heures. » Naguère, le même Maitouraré, quand le Président le convoquait, prenait tout son temps pour quitter son bureau de la Présidence, se diriger vers le Palais d’un pas de sénateur, et demander au garde d’informer le Président de son arrivée...

Je reviens à 18 h 15. Il me donne sa version du putsch. « Je suis rentré de Kano le 13 avril, dit-il. Sani est passé me voir l’après-midi à mon bureau de la SONORA. Le lendemain (le 14 avril), il est passé à la maison et nous avons discuté ensemble entre 19 et 21 heures. Très abattu, il m’a dit qu’il n’y avait

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