voisins. »

En somme, Diori Hamani était pleinement conscient de la nécessité pour chaque État de dépasser l’espace économique national par trop étroit, à la double condition que cela se fasse de façon équitable et en préservant les intérêts et les amitiés de chacun des États membres. Il divergeait avec ses homologues sénégalais et ivoirien précisément sur ce dernier point. Pour Houphouët-Boigny, l’aire de coopération devait se limiter aux États francophones d’Afrique occidentale, la Côte d’Ivoire en étant l’élément le plus riche et le plus industrialisé.

Pour Diori Hamani, le nécessaire dépassement de l’espace économique national ne pouvait se concevoir hors du Nigéria, c’est-à-dire contre le Nigéria. Il rappelait volontiers « notre situation géographique à l’extrême bout des États qui décident de créer la CEAO », d’où la nécessité de tenir compte « des critères géographiques et physiques », et de considérer comme secondaires, « les préoccupations linguistiques » et les affinités monétaires.

Au général Gowon, arrivé à Niamey dans les jours suivant la signature de l’accord créant la CEAO, le président Diori réitèrera sa position : pas de communauté économique véritable, sans le Nigéria.

Du 15 au 17 mai 1973, le Président se trouve de nouveau au Nigéria, en visite officielle. Il précise l’optique nigérienne en déclarant, dans une conférence de presse :

« La création de la CEAO doit être considérée comme un premier pas... Toute union économique qui n’intégrerait ni le Nigéria, ni les autres pays anglophones, ne serait pas réaliste... »

Donc, en nationaliste conséquent, Diori Hamani joue à fond la carte nigériane car il le sait et le dit, la préservation et le renforcement de l’indépendance du Niger passent par l’équilibre entre les trois pôles francophones, algéro-libyen et nigérian. Trois forces plus ou moins concurrentes et divergentes qui se neutralisent mutuellement.
Le président Diori, qui avait tellement œuvré pour l’intégration du Nigéria dans l’ensemble régional de l’Afrique occidentale, sera absent au moment de la création, à Lagos, le 28 mai 1975, de la « Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest. » Son élimination de la scène politique africaine treize mois auparavant par le putsch du 15 avril 1974, n’aura pu empêcher la matérialisation de ce grand dessein.

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