freiner le président Houphouët. J’ajoute toutefois qu’à mon avis, la partie n’est pas perdue à condition que le général Gowon, chef d’État du Nigéria, multiplie les avances, les offres de négociation, les concessions, bloquant ainsi les échappatoires. Les mois qui suivront _ ils déboucheront sur ma démission de conseiller du président Houphouët-Boigny_ prouveront la faiblesse de mon analyse.

À ce moment, le président Diori, lui aussi, ne paraît pas trop pessimiste. Le président Ahidjo du Cameroun lui a dit au téléphone : « Ce sera la plus grande erreur politique de la carrière d’Houphouët. » M. Diori Hamani pense que les autres chefs d’État francophones resteront, eux aussi, dans l’expectative, ce qui pourrait amener le président Houphouët à mettre un frein, pour un temps, à son engouement pour le Biafra. Pour sa part, me dit-il, il se disposait à se déplacer pour rencontrer Houphouët à Yamoussoukro... mais « le Bureau Politique du Parti s’y est opposé. » C’était la première fois que cela arrivait. Et il en avait informé le chef d’État ivoirien qui s’en était étonné...

Bientôt le président Diori, en tant que membre du Comité Consultatif de l’OUA pour le Nigéria, apparaît comme l’élément à la fois dynamique et modérateur. Au cours des réunions du Comité, il ne cesse de réaffirmer son objectif, à savoir amener les Nigérians à définir « ensemble les perspectives d’évolution de leur pays ». Sa recherche constante d’une solution pacifique, non militaire, au conflit, sa hantise de l’effusion de sang, le conduisent à multiplier les démarches personnelles auprès du général Gowon pour frayer des nouvelles voies vers la paix.

Progressivement, à mesure qu’apparaît évidente la volonté de dépeçage du Nigéria, le président Diori est amené à durcir son attitude. Il s’oppose à la volonté du leader ivoirien de porter l’affaire à l’ONU où, croit-il, il pourrait trouver des appuis susceptibles d’édulcorer la condamnation quasi-unanime de l’OUA. Diori Hamani insiste pour une « solution africaine ».

En avril, lors de la réunion, à Monrovia, du Comité Consultatif de l’OUA, le président Diori situe nettement les responsabilités : « Nous avons demandé et obtenu, dit-il, du gouvernement de Lagos, d’importantes concessions qui peuvent être considérées comme des nouveautés : nous avons en particulier obtenu qu’il ne pose plus la renonciation à la sécession comme préalable à toute négociation et au cessez-le-feu... Malheureusement, nous n’avons pas trouvé une égale disposition auprès des représentants du colonel Ojukwu [<a href=’#nb4’ class=’spip_note’ rel=’appendix’ title=’Chef de file des sécessionnistes.’

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