énième campagne d’intoxication biafraise, ne se fait guère l’écho de ces bobards. D’où la nécessité de faire intervenir la grosse artillerie, à savoir les Biafrais eux-mêmes. Le 4 avril, le Commissaire à l’information du Biafra accuse _selon une dépêche de l’agence américaine UPI_ le Niger d’être non seulement « le principal intermédiaire du Nigéria pour l’achat d’armements », mais aussi d’avoir « fourni des mercenaires. »
C’est dans ce contexte que se situe un incident majeur entre Niamey et Paris. En effet, dans les tout premiers jours d’avril _au moment où se prépare la troisième relance de la guerre au Biafra [5]_, le président Diori Hamani se trouve à Londres, en visite officielle.

Bien entendu, sa présence provoque un énorme mouvement de curiosité, sans commune mesure avec celui suscité par ses pairs francophones. Il est en effet, à l’époque, président de la République du Niger, de l’Entente, de l’OCAM et de l’organisation francophone en gestation. On connaît par ailleurs à Londres son action dans la crise opposant Québec à Ottawa [6], et surtout on apprécie sa courageuse prise de position en faveur du Nigéria, pays anglophone, membre du Commonwealth.

La réception réservée par les autorités britanniques s’en ressent. La presse, la radio et la télévision lui manifestent un intérêt inusité. À Paris, on qualifie aussitôt d’« extraordinaires » les honneurs dont il est l’objet pour en conclure que la perfide Albion tente de le soustraire à « l’influence française ». On reproche encore au Président de n’avoir pas invité à déjeuner l’ambassadeur de France, et surtout d’avoir donné au Times une interview manquant de déférence envers le général de Gaulle.

Ce dernier problème prendra des proportions d’incident diplomatique.
Le 5 avril, de retour de Londres, et constatant l’amplification de la campagne contre Diori Hamani, je cherche à la battre en brèche, du moins auprès du chef d’État ivoirien. Je téléphone donc au président Houphouët-Boigny à Marne-la-Coquette, et demande à le voir d’urgence. Il fixe le rendez-vous à 19h30. Je lui fais un rapport complet et détaillé sur la visite en Grande-Bretagne du président Diori. Après avoir écouté en silence, il me dit :

« Ce qui est ennuyeux, c’est que Foccart est venu me voir et m’a remis une coupure de presse anglaise ainsi que sa traduction. Et là-dedans, il est dit que Diori a déclaré : « De Gaulle a tort (de

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