Nigéria. Mais il se devait de prouver aux dirigeants nigérians que son propre appui leur était indispensable, qu’ils avaient besoin du Niger aujourd’hui comme hier au moment de la sécession biafraise. La création de la C.E.A.O., qui se présentait en fait comme une nouvelle tentative de marginalisation du Nigéria, lui donnera l’occasion d’en faire la démonstration.

Le 21 mai 1970, à Bamako, sept chefs d’État francophones d’Afrique occidentale [9] décident de créer une « Communauté Économique de l’Afrique de l’Ouest » (CEAO) destinée à prendre la suite le l’ « Union Douanière des États de l’Afrique de l’Ouest » (UDEAO), qui avait amplement fait la preuve de son impuissance.

Mais la naissance de la nouvelle organisation francophone sera laborieuse, et de fait, le traité sanctionnant sa création effective ne sera signé que deux années plus tard, toujours dans la capitale du Mali. De toute évidence, le président Diori montre très peu d’empressement à la participation de son pays à ce groupement. Pour deux raisons.

D’abord parce que sur le plan économique, les textes « ne donnent pas de garantie de développement à peu près équivalentes » aux différents pays membres. La Chambre de commerce de Niamey ne le cache pas, le risque est grand « de faire des uns des producteurs et des autres d’éternels consommateurs » ; comme il est à craindre que « l’égocentrisme des plus industrialisés laisse aux moins équipés un sentiment de frustration et d’humiliation. » Ces réflexions visent bien entendu la Côte d’Ivoire dont les dirigeants ne cachent pas la nécessité d’une industrialisation plus harmonieuse, évitant la duplication d’usines installées déjà sur la côte et, dans une certaine mesure, le Sénégal, l’autre héraut de la CEAO.

Au plan politique, les objections du Niger sont encore plus fondées dans la mesure où le Nigéria est maintenu hors de l’ensemble. À Bamako même, M. Mouddour Zakara [10], chef de la délégation nigérienne, le déclare en séance plénière : « La CEAO ne peut pas être d’architecture purement sentimentale, ni linguistique. » Et il ajoute : « Elle doit être géographique, donc englober nécessairement tous les pays de la région, même si par suite d’accidents historiques, certains d’entre eux se trouvent artificiellement plus ou moins isolés de leurs

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