tôt possible un comité mixte qui aura à examiner tous les aspects techniques de la question. Ce comité, est-il précisé encore, prendra en considération aussi bien les documents officiels (conventions du 12 septembre 1919 et du 10 août 1955) que les cartes géographiques et photos aériennes disponibles de la région frontalière et les étudiera dans un esprit d’amitié et de fraternité. »

Mouddour Zakara considère ces résultats comme encourageants, et se montre beaucoup moins pessimiste qu’à son arrivée. Selon lui, la position de la délégation libyenne peut être résumée de la façon suivante : « Il faut que ce problème soit résolu dans un esprit d’amitié et de fraternité, et ne pas oublier que les impérialistes ont fait ces tracés frontaliers de façon à ce qu’ils constituent une pomme de discorde entre voisins. »

De même, selon le capitaine Moussa Sala, les demandes présentées par les FAN (Forces Armées Nigériennes) _spécialement sur le problème de ravitaillement de la patrouille mensuelle de l’armée nigérienne aux confins nigéro-libyens_ ont « reçu entière satisfaction ».

Mais ces facteurs positifs mis de côté, les résultats d’ensemble des discussions de Tripoli me paraissent maigres, bien décevants, en particulier sur le problème de l’aide économique. Ce sentiment de déception, voire de frustration, prévaudra jusqu’au putsch des militaires nigériens. Mais le fait même que les choses n’aient pas empiré pouvait être considéré _et tel était notre état d’esprit d’alors_ comme un succès.

À partir de là, le Président, conscient du rapport des forces défavorable au Niger, connaissant par ailleurs le caractère fantasque de Mouammar Kadhafi, optera définitivement pour la « résistance en douceur ». Il fera comprendre au colonel libyen qu’il est prêt à se montrer flexible, mais à la condition expresse que la priorité soit accordée au développement de son pays. D’où la propension du Président à faire preuve d’inertie et à poser continuellement aux Libyens le problème de l’aide financière au développement du Niger, quand eux demanderont un appui politique dans tel ou tel cas.

Depuis l’élimination du président Diori de la scène africaine, les relations entre Tripoli et Niamey sont allées en se détériorant. Le régime militaire a appris à ses dépens ce qu’il en coûtait de vouloir ignorer la psychologie d’un partenaire-adversaire comme le colonel Kadhafi. On en est arrivés aujourd’hui au point où il peut déclarer, avec un rien de cynisme :
« Les Touareg sont originaires de Libye. Nous ne les incitons pas à faire la révolution dans les pays où ils vivent. Nous les invitons à revenir chez eux, puisque nous avons les moyens de les installer et de les

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