maladive du moi ». Le Figaro, quant à lui, titre : « Un faux pas ». L’auteur de l’article, André François–Poncet, oracle diplomatique plus ou moins chanceux sous trois républiques, de plus membre de l’Académie Française, se défend de « vouloir accabler le pécheur » ; il ne s’en prend pas moins au « régime personnel », accuse le Général de s’être « fourvoyé » et surtout lui reproche de ne pas être « assez modeste pour reconnaître son erreur ».

Plus caractéristique encore, un gaulliste intransigeant et inconditionnel comme Pierre Charpy, en est réduit à nier que le Général ait voulu encourager le « séparatisme québécois ». De Gaulle lui-même se chargera de lui infliger un démenti en réitérant en public, à Paris, sa conviction de l’accession inéluctable « du Québec au rang d’un état souverain ».

Et puis il y a le silence gêné des ministres du Général. Aucun d’entre eux ne prend, à ma connaissance, position publiquement pour un Québec indépendant. Au contraire. Les informations qui me parviennent portent à croire qu’ils déplorent ce qui s’est passé à Montréal quand, tel M. Couve de Murville, ministre des Affaires étrangères, ils ne le condamnent pas. Des hauts fonctionnaires abondent dans le même sens. Quant au Premier ministre, M. Georges Pompidou, on le dit « mal à l’aise », même si son directeur de Cabinet, M. Jobert, apparaît comme l’un des principaux champions de la cause québécoise.

Quelques jours encore et Valéry Giscard d’Estaing, alors président de la Fédération des Républicains indépendants, ancien ministre du général de Gaulle, s’en désolidarise en proclamant son « angoisse » face aux bévues inhérentes à « l’exercice solitaire du pouvoir ».

Une fois arrivé à ce stade de l’analyse des forces en place, une troisième question vient tout naturellement à l’esprit : face à cette hostilité généralisée touchant toutes les catégories sociales, toutes les organisations politiques, sur qui s’appuie le général de Gaulle ? La tentation est grande de répondre : Jacques Foccart. Mais les critiques émises par certains de ses collaborateurs devant deux de nos amis, laissent supposer l’existence d’un autre pôle d’activité, collaborant certes avec le réseau Foccart, mais indépendant de ce dernier.

J’apprendrai effectivement l’existence d’un tout petit groupe d’activistes pro-québécois dont l’impact sur les relations franco-canadiennes était _et sera_ hors de proportions avec sa taille.

Donc fin août, le président Diori sait exactement à quoi s’en tenir :

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