l’ensemble de l’ « establishment » français est hostile à l’attitude du général de Gaulle. On retiendra la thèse de l’intoxication.

Cela aura, à mon avis, trois conséquences majeures sur la stratégie du chef de l’État nigérien.

Tout d’abord, l’absence patente d’homogénéité du pouvoir, de l’appareil d’État français, apparaît en pleine lumière : le Président en gardera un souvenir précis. Et quand, en pleine guerre de sécession du Biafra, M. Jacques Foccart, appuyé par M. Houphouët-Boigny, viendra lui dire « le Général souhaite... », « le Général pense... » ou « le Général voudrait... », il se demandera, à juste titre, s’il s’agit d’un vœu du Chef de l’État ou de celui d’une quelconque faction.

Ensuite, durant la « bataille » de la francophonie qui se déroulera bientôt en territoire nigérien, le Président passera outre au matraquage psychologique, aux manœuvres et aux pressions des organisateurs de l’équipée québécoise. Ils parleront haut et fort, au nom de la France bien entendu, sans l’impressionner pour autant.

Enfin, basant sa politique sur une évaluation correcte du rapport des forces, le président Diori me demandera de poursuivre et d’accélérer mes interventions au Canada. Il me recommandera de préciser « en passant », à mes interlocuteurs, que «  le président Diori Hamani qui lutte pour parfaire l’unité de son pays, ne peut participer au démantèlement de celle d’un autre pays. »

Il résistera aux pressions du lobby parisien et sera le seul à s’acharner à développer les relations politiques et économiques avec le Canada. Il le fera en dépit des manœuvres et mises en garde sévères _voire menaçantes_ lancées par ces mêmes milieux parisiens.

Dans l’immédiat, la tension entre Paris et Ottawa augmente encore.

Le général de Gaulle s’obstine à multiplier les gestes inamicaux envers Ottawa. Ainsi, recevant en décembre 1968 le nouvel ambassadeur du Canada, il lui parle de ses Lettres de créance « par lesquelles votre gracieuse souveraine, qui est en même temps celle du Royaume-Uni, de Grande-Bretagne et d’Irlande vous a désigné... » En janvier 1969, M. Cardinal, vice-président du Conseil des ministres du Québec est reçu à Paris avec les honneurs militaires, et rencontre quatre fois le Général en quatre jours. Mais si de Gaulle se réfère aux « Français du Québéc », M. Cardinal, plus prudent, porte ostensiblement un toast « à nos deux peuples », sans plus de précisions.

En fait, on le sent, le cœur n’y est plus. Le Général s’est déjà pleinement rendu compte de son isolement. Au

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