tonnes. J’entreprends donc les démarches, et le lobby m’informe avoir effectivement obtenu 15 000 tonnes pour la Côte d’Ivoire et 10 000 pour le Niger.

Paris apprend très vite l’existence de ces tractations. On n’y est pas loin de considérer cette réception de blé à titre gracieux comme un crime de lèse-majesté.

Je sais que rien n’ébranlera le président Diori. Mais Bédié, qui avait montré de l’enthousiasme quand je lui en avais parlé ? Je lui téléphone. Il me dit d’aller de l’avant. Je lui propose de lui envoyer un télex précisant toutes les conditions diplomatiques _ou plutôt consulaires_ et financières attachées au don de céréales. Il accepte. Je lui fais donc parvenir un télex très détaillé, long de plus de 700 mots. Il y répond six heures plus tard, par un télex « très urgent » daté du 28 novembre 1968 et portant le numéro 209 (Annexe 3). Il m’y demande de « donner à titre officieux (son) accord sur conditions réalisation. » Cela ne l’empêchera nullement d’essayer de renier sa signature 72 heures plus tard [2] quand le président Houphouët-Boigny lui aura fait part du déplaisir des céréaliers français dont M. Foccart s’était fait l’écho.

L’affaire prend bientôt une tournure ubuesque. Pour échapper aux glaces du Saint-Laurent, un navire chargé de 18 705 tonnes de blé a quitté le Canada et se dirige vers Abidjan.

Le 5 décembre, à Abidjan, M. Bédié annonce à M. Paul Martin en visite en Côte d’Ivoire, qu’il refuse le don à moins qu’il ne soit totalement gratuit, sans versement d’honoraires, ni couverture du fret. Ottawa accepte, au grand désespoir du président Houphouët-Boigny qui en est réduit à prétendre, le 10 décembre, que les silos des Grands Moulins d’Abidjan sont pleins à ras bord. Le 12, l’ambassade de Côte d’Ivoire à Paris croit nécessaire de publier un communiqué relevant que « la Côte d’Ivoire n’a, à aucun moment, demandé du blé à qui que ce soit... et ne peut donc l’accepter. » Le lendemain, M. Trudeau, interpellé en Chambre, fait preuve de sérénité et indique, sourire ironique aux lèvres, qu’il s’agit d’ « informations en provenance de Paris ». Le 16, nouveau communiqué de l’ambassade de Côte d’Ivoire affirmant que la Côte d’Ivoire avait accepté et cédé au Niger sa quote-part du blé reçu du Canada. Le lendemain 17 décembre, nouvelle dépêche AFP signalant que l’ambassade de Côte d’Ivoire à Paris annule son

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