communiqué de la veille... En somme, Abidjan ne sait comment s’y prendre pour ménager certains milieux parisiens tout en ne perdant pas la face sur la scène internationale : personne ne pourrait comprendre en effet qu’un pays sous-développé refuse du blé offert à titre totalement gratuit…

Pour sa part, le président Diori a saisi, tout de suite, l’ampleur de l’enjeu. Il se sait engagé dans une épreuve de force décisive. S’il capitule sous la pression conjuguée des activistes du Québec, du réseau Foccart soucieux de préserver les marchés d’Afrique occidentale, et d’Houphouët-Boigny, c’en est fini de l’ouverture canadienne.

Il se battra sur les trois fronts à la fois.

Paris. Il essaiera de faire comprendre que toute autre considération mise de côté, il ne peut refuser un don équivalent à près de 3 % du budget annuel de l’État nigérien. Peine perdue.

Abidjan. Il multipliera les contacts pour convaincre son « grand frère » de l’opportunité de saisir la main tendue du Canada. Peine perdue.

Ottawa. Entre fin novembre et fin décembre 1968, il m’enverra en mission au Canada trois fois en trois semaines pour assurer le Premier ministre Trudeau, son directeur de Cabinet, les ministres, parlementaires et journalistes, amis, de la continuité de la politique du Niger en dépit de la tempête soulevée autour de cette affaire.

Je dois l’avouer, je n’ai pas eu grand mérite dans la réussite de ces missions. En effet, la compréhension, voire la sympathie de mes interlocuteurs, nous étaient acquises d’avance. Ils connaissaient fort bien les pressions auxquels étaient soumis les présidents Diori et Houphouët. Ils en étaient presque reconnaissants à Diori Hamani d’avoir accepté leur blé. En effet, par un retournement dialectique aberrant, Ottawa risquait de perdre la face _avec un bateau chargé de blé en plein océan_ si Diori hamani, à son tour, rejetait le don canadien.

Ce blé continuera à faire parler de lui des semaines durant. Il est déchargé à Abidjan. On s’aperçoit que les silos ne sont pas pleins...

Le président Houphouët-Boigny tient à céder toute la cargaison _il la trouve compromettante_ au Niger. Celui-ci essaie de la vendre aux Grands Moulins d’Abidjan (GMA). Leur propriétaire, M. Mimran, le qualifie de blé fourrager ; cela soulève la colère du ministère canadien de l’Agriculture, mais comme le rapport de sa « Commission des grains » de Winnipeg est trop savant, le président Diori demande l’intervention de la Société Générale de Surveillance de Genève ; celle-ci certifie qu’il s’agit bien de la qualité Manitoba n°4, qu’il est supérieur au blé importé par la Côte d’Ivoire et coûte plus cher sur le marché mondial des céréales.

Un long débat s’engage sur le prix de cession de blé aux GMA.

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