M. Mimran ne veut pas payer plus de 17 230 francs CFA la tonne de Manitoba n°4 valant 67,16 dollars la tonne FOB sur le marché mondial, alors que lui-même facture à la Côte d’Ivoire 21 136 francs CFA la tonne de blé tendre français valant 55,11 dollars la tonne FOB. Comme M. Mimran est soutenu par le ministre Bédié, le Niger doit se courber et accepter une moins-value de quelque 70 millions de francs CFA.

Le président Diori tiendra absolument à ce qu’une comptabilité précise de cette transaction soit tenue à jour. toute sortie, toute entrée de fonds, sera dûment comptabilisée, et les comptes soumis, d’ordre de M. Diori Hamani, à l’Agence Canadienne de Développement International (ACDI).

Pour ma part, je suis intervenu à deux reprises au niveau financier de cette transaction. La première fois, pour transmettre _par lettre recommandée avec avis de réception datée du 19 janvier 1969_ à M. Maitouraré Gadjo, deux chèques sur l’Union de Banques Suisses remis par le lobby, « conformément à l’accord conclu lundi dernier entre toi et (le directeur du lobby). » Le premier est de 34 500 dollars US, et le second de 13 000 dollars. J’en informe le même jour le président Diori. La seconde fois, un chèque de 3 958,33 dollars du fréteur pour « rapidité de déchargement » du blé canadien à Abidjan. Je l’envoie, toujours en recommandé avec avis de réception, à M. Maitouraré en lui signalant que d’ordre du Président, « il faudrait en porter la contrevaleur au fonds canadien provenant du blé. »

En gros, le don de blé canadien avait rapporté quelque 300 millions de francs CFA au Niger.

Au plan politique, le bénéfice s’avère beaucoup plus important : le président avait administré la preuve que l’intérêt de son pays primait toute autre considération. Que s’il était partisan des compromis, la compromission lui répugnait.

Bientôt l’ambassadeur de France au Niger lui dira au cours d’une audience : « Mais Monsieur le Président, vous n’allez quand même pas accepter d’échanger l’amitié de la France contre quelques sacs de blé canadiens. » Diori Hamani lui répondra : « Monsieur l’Ambassadeur, qui parle d’échange ? Je compte garder les deux. »

Sans trop se préoccuper de ce genre d’opérations de harcèlement, M. Diori Hamani me définit déjà le nouvel objectif à atteindre : obtenir du Canada le financement de la Route de l’Unité. Dans l’immédiat, je suis chargé d’informer mes interlocuteurs canadiens d’Ottawa du désir du chef de l’État de consacrer le fonds provenant de cette transaction à la construction d’un lien routier transnational.

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