pouvoirs moins étendus.

Il faut s’arrêter ici et poser la question : « Qu’est-ce donc qu’un conseiller d’un chef d’État ? »

Ce terme bien vague couvre des responsabilités _et des attitudes_ très différentes. À mon sens, le conseiller n’est ni un aide de camp, ni quelqu’un ayant vocation à définir la stratégie d’un pays, surtout à régime présidentiel, et en Afrique encore moins qu’ailleurs. Son rôle essentiel est de répondre, aussi précisément que possible, aux questions qui lui sont posées. Consulté, il donne son avis sur la base des informations et documents en sa possession, en tenant compte des seuls intérêts de son employeur, à l’exclusion de tous autres. Bien entendu, en cas de désaccord grave sur la stratégie préconisée, le conseiller a le droit et même, me semble-t-il, le devoir de présenter sa démission. Telle fut mon attitude envers le président Houphouët-Boigny en avril 1969 (Annexe 1).

Le conseiller, sous peine de trahir sa mission, doit éviter l’embûche, pourtant aguichante, du « yes-man », formule qui flatte certes le patron mais déprécie à coup sûr son auteur. Pour ma part, je m’étais fixé comme objectif de dire toute la vérité, même la plus désagréable dans la mesure où, à mon sens, il y allait de l’intérêt du pays que je servais.

Certes, comme le constatait Voltaire, « à la Cour l’art le plus nécessaire n’est pas de savoir parler, mais de savoir se taire. » Je considère pour ma part que si le concept est valable pour le courtisan, il ne peut l’être pour le conseiller.

Sur un plan plus pratique, le conseiller doit être aussi un pourvoyeur d’informations et surtout d’idées neuves. Cela implique une très grande capacité de lecture dans la mesure où, dépassant l’information brute déjà fort appréciée en soi, l’idée neuve apparaît sous son vrai jour de synthèse d’idées préalables, de faits antérieurs.

Toujours au plan de l’action au jour le jour, une fois la ligne politique tracée par le chef de l’État, sa matérialisation incombe à ses collaborateurs, à savoir les ministres, les dirigeants du parti et, accessoirement, les conseillers. D’où la nécessité, à chacun des échelons précités, de porter une grande attention aux détails, à l’organisation, à la prévision des embûches administratives et politiques, ou plus prosaïquement matérielles.

Le conseiller d’un chef d’État ne pourra jouer pleinement son rôle si sa pensée, ses notes et memoranda sont transmis par une tierce personne. D’où la nécessité de l’accès direct. Dans mon cas personnel, cela représentait un lourd handicap puisque mes activités dans le domaine économique, politique et

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