diplomatique étant orientées essentiellement vers l’étranger, je n’ai jamais résidé ni à Abidjan, ni à Niamey. J’y étais toujours de passage, et mes séjours dépassaient rarement la semaine. C’est pourquoi, dès le départ, j’avais obtenu, en Côte d’Ivoire comme au Niger, le droit d’accéder librement aux deux chefs d’État. C’est le seul privilège auquel je tenais absolument. Ainsi, il m’est arrivé à plus d’une reprise de m’entretenir avec M. Houphouët-Boigny à 7 heures du matin dans sa ville de Cocody, et avec M. Diori à 10 heures du soir au Palais. Le combat contre les directeurs et chefs de cabinet, les secrétaires, aides de camp, et autres gardes du corps anxieux d’éroder ce privilège, fut constant.

Cet accès direct me fut d’autant plus facile à défendre que j’évitais de déranger l’un ou l’autre des deux chefs d’État pour des problèmes d’importance secondaire ou pire, d’ordre personnel.

Autre règle importante, le conseiller doit être d’autant plus effacé qu’il est proche du chef d’État. Pour ma part, j’ai systématiquement refusé l’officialisation de mes fonctions, aussi bien à Abidjan qu’à Niamey. Ainsi mon nom ne figure dans aucun annuaire, n’apparaît dans aucune liste des collaborateurs des deux présidents. J’avais également prié la centaine de journalistes étrangers avec lesquels j’étais en contact, d’éviter toute mention de mon nom.

Last but not least, avant même le début officiel de ma collaboration avec le président Houphouët-Boigny, je ne nourrissais aucune illusion sur un point d’une importance capitale : je savais pertinemment bien que je ne ferais pas long feu. Pour deux raisons.

D’abord l’aspiration juste, normale, des cadres autochtones à contrôler aussi rapidement que possible la totalité du « Lebensraum » administratif de leur pays ; j’étais d’autant plus conscient de l’actualité de ce problème du nationalisme que je lui avais consacré tout un ouvrage en 1959.

Ensuite Paris ou plutôt les services de M. Foccart. Je savais, sans avoir eu à faire le moindre effort, que le secrétaire général pour les affaires africaines et malgaches de l’Élysée menait une action de noyautage intensif des missions diplomatiques, des organismes para-étatiques et des cabinets présidentiels et ministériels en Afrique. Or, j’étais décidé à ne subir aucune influence néo-coloniale.

La conscience aiguë de cet horizon bouché permettait par contre une grande liberté d’esprit, ouvrait de larges perspectives d’action et incitait à son accélération. Sur ce dernier point, j’eus, paradoxalement, à surmonter l’opposition des coopérants français bien entendu, mais aussi, au Niger, celle des Allemands et surtout des Canadiens dont j’avais préconisé pourtant le recrutement.

Ce livre, avec son titre explicite en

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