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m’apporter le dossier en question, et s’il est aussi probant que tu le dis, je suivrai ton conseil. »

Le président du Niger me relatait ces faits d’un ton rêveur alors que j’étais allé lui présenter mes respects, lors de l’un de ses passages en France, à l’ambassade du Niger à Paris. Et il ajoutait, toujours aussi rêveur :
« Foccart vient de sortir d’ici. Il était mal à l’aise, très gêné. Je crois qu’il avait votre dossier dans sa serviette. Il est reparti sans me le montrer et sans même m’en dire un mot. »

Jamais plus M. Houphouët-Boigny ne reparlera de l’existence d’un dossier accablant sur son ex-conseiller. Et bien entendu, M. Foccart ignorera ce sujet délicat durant les dizaines de rencontres qu’il aura par la suite avec le président Diori.

Un autre exemple de l’esprit de suite ridicule du leader ivoirien, acharné à ma perte.

Un jour _ en 1971 ?_, je vois débarquer à Niamey Mathieu Ekra, ministre et vieux compagnon d’Houphouët, mis sur la touche pour quelque temps au moment des « complots » de 1963. Il est accompagné de son épouse. Je les rencontre au Palais.

— « Comment ça va Baulin ? Toujours en train de courir ? »
— « Et vous ? On me dit que votre plantation industrielle d’ananas marche bien. Il semble toutefois que vous ayez eu des difficultés au départ, la SALCI s’opposant à l’apparition d’un nouveau concurrent ? »
— « Difficultés ? Vous n’avez aucune idée de leur hargne. À un moment donné, j’ai craint pour ma vie...
 »

M. et Mme Ekra sont repartis deux ou trois jours plus tard.

Le Président m’appris alors que le ministre était venu, délégué officiellement par Houphouët, pour « demander ma tête » ! Le président Diori lui avait dit : « Il m’est très utile. » Et Ekra lui avait répondu : « Oui, Houphouët le sait, et moi aussi. Quand Baulin se met quelque chose en tête... »

La présence de Mme Ekra devait sans doute servir à camoufler l’objet de la visite.

Les efforts de M. Houphouët-Boigny pour m’éliminer de la scène nigérienne, efforts sans commune mesure avec mon impact réel, et la volonté obstinée de Diori Hamani de défendre son conseiller, me troublaient profondément ; car si le courage est une vertu cardinale, une analyse même superficielle du rapport des forces mettait en évidence le déséquilibre patent entre le pot de terre nigérien et le pot de fer ivoirien.

Un ultime incident m’amènera à remettre ma démission au président Diori. Celui-ci était revenu traumatisé de son

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