adversaire de l’Occident, celui-ci, loin de chercher « à vivre sans les Arabes » - et a fortiori à les combattre - doit s’efforcer de les conserver à ses côtés. L’issue de la lutte en dépend.


L’Occident ne peut se permettre, évidemment, le luxe de laisser une masse de plusieurs centaines de millions d’hommes, basculer de l’autre côté du rideau de fer. Pour parer à cette éventualité, la propagande la plus puissante, la mieux orchestrée, ne vaut pas une solide politique : une vue claire de l’objectif à atteindre, une évaluation exacte des obstacles qui barrent la route et l’adoption des mesures nécessaires pour les éliminer. Éviter la désertion massive des nations d’Afrique et d’Asie signifie, à l’heure actuelle, gagner l’amitié des nationalismes bourgeois de cette région. Cela signifie surtout, reconnaître au préalable le

nationalisme comme un phénomène normal et irréversible, et comprendre, en conséquence, que le soutien prolongé des féodalismes médiévaux se traduira, vraisemblablement, par un désastre amplifié, aussi bien pour les nationalismes locaux que pour l’Occident.


Cette double conviction acquise, il reste au monde libre à surmonter ou à contourner de nombreux obstacles. Et c’est là que l’opération commence à devenir douloureuse, car certaines puissances doivent, pour combler le fossé qui les sépare des pays non engagés, consentir des sacrifices importants, aussi bien matériels que moraux. Ceux de leurs dirigeants qui auront assez de courage et de perspicacité pour sauver le navire - c’est-à-dire l’essentiel - en se débarrassant d’une partie de la cargaison, courront le risque de se voir traités de « bradeurs d’Empires ». Et, de fait, superficiellement, la transaction se présente sous la forme d’une véritable braderie : en échange des concessions de taille qu’il consentira, l’Occident ne doit s’attendre à recevoir qu’une seule récompense : « l’amitié » des pays non engagés. Récompense qui peut paraître médiocre à certains, mais qui, en fait, est sans prix. Les pays de Bandoeng en ont conscience ; qu’on se rappelle seulement le symbole de l’éléphant cité par le ministre indien des Finances...


Les concessions demandées à l’Occident sont aussi nombreuses que variées.


Si le monde libre admet le nationalisme arabe comme un phénomène normal et irréversible, la simple logique

l’oblige à admettre

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