traduirait par plus de dégâts que de profits.


D’autre part, par un réflexe naturel, les puissances ex-colonisatrices ne se privent pas de mettre en relief les côtés positifs de leur oeuvre : « Nous les avons civilisés », « nous leur avons appris à lire et à écrire », « nous leur avons créé une administration moderne », « nous avons combattu les maladies endémiques », etc... Par une réaction non moins naturelle, les peuples des pays colonisés insistent, de leur côté, sur les facteurs inverses : « ils nous ont pillés », « ils ont entravé notre développement », « ils nous envoyaient les incapables qu’ils n’arrivaient pas à placer chez eux », « ils ont bombardé Damas, Bagdad », etc... Plus l’Occident insistera sur son droit à la gratitude, et plus il exacerbera les sentiments xénophobes des peuples qu’il dominait jadis. Et comme en politique, seul, le résultat compte, s’entêter dans cette voie n’a réellement aucun sens.


Là aussi, les Soviétiques semblent avoir profité des erreurs de l’Occident. Ils ne parlent, eux, que d’une aide « de frère à frère ».


Enfin, ce facteur psychologique - issu probablement d’un complexe d’infériorité des autochtones ou d’une réaction au complexe de supériorité des Occidentaux - explique dans une certaine mesure les « défis » lancés par les jeunes nationalismes à l’Occident, et leurs réactions face aux « défis » de Washington. Gamal Abdel Nasser passe-t-il outre à la volonté du monde libre en achetant des armes à Moscou ? L’opinion publique arabe, unanime, crie gada’a (costaud). Elle ne cache pas son admiration

à celui qui a osé bafouer cet Occident, qui l’a longtemps dominée. Les Syriens n’auront de cesse que leurs dirigeants soient aussi gada’a que ceux du Caire. Mêmes réactions en Jordanie : l’opinion exigeait du gouvernement Soliman el Naboulsi une preuve de sa volonté d’indépendance envers l’Occident, en établissant des relations diplomatiques avec l’URSS ; l’intervention des bédouins n’a pas permis au président du Conseil jordanien de prouver qu’il était, lui aussi, gada’a.


On comprend à quel point M. Dulles s’est montré mauvais psychologue en retirant d’une façon insultante l’offre américaine de participer à la construction du Haut

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