à une main-d’œuvre peu onéreuse ? Ne produisaient-ils pas 90 % du cacao et 65 % du café du territoire ? Leur niveau de vie, leur mode de vie, ne se différenciaient-ils pas progressivement de ceux de leurs compatriotes, ne se rapprochaient-ils pas de ceux de leurs dominateurs ?
La guerre et les discriminations, surtout économiques, imposées par le régime de Vichy, provoqueront un choc profond. Les planteurs se sentent poussés vers l’abîme. Ils se doivent de réagir, de combattre pour échapper à la ruine, à la régression. « Pour recouvrer ses privilèges perdus… l’élite [s’assurera] le concours de ses compatriotes avec lesquels peu s’identifiaient avant la guerre » [27].
Tout naturellement, les planteurs, exaspérés, mobiliseront et encadreront une masse elle aussi acculée à la désespérance par le travail forcé. Le schéma esquissé par l’administrateur colonial de Haute-Volta se matérialisera très rapidement : les « errements néfastes » de l’administration paveront effectivement la voie à la « propagande subversive » de M. Houphouët.
Le contexte général s’y prête d’ailleurs à merveille.
Sur le plan local, d’abord, avec la capitulation de la métropole, « le mythe du colonisateur invincible s’effondrait à jamais » [28]. Le régime de Vichy s’écroule à son tour, en A.O.F., au bout de trente mois, et cède la place à la France Libre. Phénomène dont on ne peut sous-estimer l’importance, l’autorité gaulliste, continuellement défiée sur place, paraît vacillante aux Ivoiriens. Il ne peuvent pas ne pas avoir remarqué le geste discourtois de l’évêque d’Abidjan, Mgr Boivin, qui « a jugé indispensable de partir en tournée le matin même, et n’a envoyé aucun représentant » [29] saluer le général de Gaulle à son arrivée.
Les planteurs européens qui brandissaient bien haut le tricolore et parlaient de défendre le droit inaliénable de la France en Côte d’Ivoire, se trouvent déconsidérés. M. Houphouët-Boigny se contentera, pour sa part, de relever à leur sujet, avec un mépris à peine dissimulé :<br class=’manualbr’

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