de créer le Syndicat Agricole Africain… Tous les gros planteurs ont adhéré d’emblée à notre organisation, ce qu’on avait jamais vu auparavant » [34]. Effectivement, la composition ethnique des fondateurs - Dioulas, Agnis et Baoulés - montre une ébauche de primauté des intérêts de classe sur les antagonismes tribaux.
Pour gagner à leur cause le plus grand nombre de planteurs et renforcer ainsi les assises du S.A.A., ses promoteurs demandent d’abord - et obtiennent - l’exemption de certaines catégories de planteurs de tout travail forcé. Le Syndicat Agricole Africain, pour sa part, veille à une coopération loyale avec le gouverneur Latrille. Ainsi, dans une circulaire, datée du 19 avril 1945, adressée aussi aux délégués régionaux, Félix Houphouët écrit :
« Refusez comme adhérent tout Africain ne possédant pas au moins deux hectares de caféiers ou trois hectares de cacaoyers en rapport. Faites comprendre aux camarades, poursuit-il, que liberté de travail ne signifie pas liberté de paresse » [35].
Mais la défense des intérêts fondamentaux de cette masse de planteurs - 12 000 adhérents sur 20 000 disposant d’au moins 2 ou 3 hectares (déclaration M. Houphouët-Boigny à l’Assemblée Constituante) [36] - implique, nécessairement, la mise à leur disposition d’une main-d’œuvre abondante. Il convient donc de prendre des mesures pour réorienter vers la zone caféière et cacaoyère de Côte d’Ivoire, les dizaines de milliers de Mossis qui mettent leur force de travail à la disposition de la Gold Coast.
Le S.A.A. propose donc, en janvier 1945, le recours au travail volontaire, au salariat. Il s’agit de recruter des travailleurs acceptant, librement, contre rémunération - 20 francs par jour - de mettre leurs bras au service des planteurs de Côte d’Ivoire. Les Européens essaient de saboter la campagne de recrutement de volontaires lancée en région sénoufo et mossi, par MM. Félix Houphouët, Bernard Dadié et Joseph Anoma. En dépit des obstacles, ils réussiront à recruter, sous le contrôle sévère de l’administration, quelques 5 000 travailleurs réellement volontaires. C’est le triomphe en dépit des de la modestie des résultats obtenus. En effet, à coté de ce contingent réduit de travailleurs volontaires, près de 35 000 requis du travail

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