pour les sujets. Le colonat cherchera à profiter de l’occasion ainsi offerte pour briser l’unité des Ivoiriens en suscitant de nombreux concurrents au porte-parole des planteurs, sans pourtant réussir à ébranler profondément son emprise sur le pays.

Devant l’importance de la consultation, le S.A.A. se donne un instrument politique en créant un Comité électoral : il désigne bien entendu son président, M. Félix Houphouët, comme candidat pour le scrutin du 21 octobre 1945. Selon le récit de ce dernier, avant d’accepter, sur son « lit de malade », cette responsabilité, il aurait hésité longtemps, consulté les responsables des diverses tendances et acquit la certitude d’une unanimité autour de son nom. D’où sa surprise de voir non moins de treize autres candidats briguer les mêmes suffrages.

M. Amon d’Aby donne, dans son ouvrage déjà cité, et édité en 1951, c’est-à-dire en pleine période de répression, une version sensiblement différente. Version bien intéressante dans la mesure ou elle confirme un début de rejet du leadership de la bourgeoisie terrienne par les lettrés du pays. Selon cet auteur, il existait à ce moment au sein de l’élite trois tendances :
« 1° Le parti des intellectuels, ayant pour tribun le bachelier Noël Akobé ;
2° Le parti des "Six cercles de l’Ouest", représenté par l’instituteur Étienne Djaument ;
3° Le groupe Mossi, ayant à sa tête le comptable Zébango Pohi. De grands orateurs… proposèrent à l’Assemblée de choisir le candidat parmi les "trois meilleurs enfants de la Côte d’Ivoire : Alphonse Boni, magistrat, juge de paix à Kayes ; Dignan-Bailly, publiciste, directeur du journal France-Africaine ; et Kouame Binzème, avocat stagiaire près de la Cour d’Appel de Paris". M. Étienne Djaument, pressenti par ses camarades des "Six cercles de l’Ouest" investit M. Houphouët de sa confiance, et le proposa à l’Assemblée » [43].
M. Amon d’Aby oublie de préciser le rôle, probablement décisif, joué par l’administration coloniale dans ce réveil politique des intellectuels. Elle se devait en effet de détacher du mouvement anti-colonial le groupe social le moins motivé.
La campagne électorale imposée par l’Administration sera particulièrement dure, car le gouverneur Latrille se trouvait alors en congé de détente en France. Son intérimaire à Abidjan, le gouverneur Mauduit, fera l’impossible pour endiguer l’influence prépondérante des planteurs autochtones au sein des

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