rassembler ».
L’image d’un Félix Houphouët-Boigny adversaire du capitalisme, et surtout partisan du collectivisme, paraît encore plus aberrante que celui du champion de la classe ouvrière ? Pourquoi a-t-il adopté une attitude aussi en flèche quand le reste de son allocution aurait amplement suffi à satisfaire ses hôtes ? Serait-ce pour neutraliser, par une prise de position tranchante, l’action auprès de la direction du P.C. de certains de ces critiques inquiets de la prédominance grandissante en Côte d’Ivoire des intérêts de la bourgeoisie terrienne ? Ou est-ce par inconscience de la portée d’une telle profession de foi anti-capitaliste ? Ou par ignorance du contenu réel du collectivisme ? Ou encore par enthousiasme juvénile ? Ou par naïveté ? [72]. Ou tout simplement par pure démagogie ? Peut-être y a-t-il un peu de chacune de ces composantes dans l’homme Houphouët ?
Et enfin, pour couronner le tout, il prononce une phrase dont on ne saurait surestimer l’importance, et que voici :
« … Si la doctrine communiste a le pas sur toutes les autres doctrines dans ce rassemblement… »
C’est, à ma connaissance, la seule fois où M. Houphouët-Boigny indique la place éminente occupée par le marxisme au sein du R.D.A.
Une asymétrie encore plus nette entre les faits et le discours apparaît au printemps 1950. En juin, M. Houphouët-Boigny prend langue avec le sénateur Raphaël Saller, et l’informe de son désir d’établir le « contact avec le gouvernement ». C’est le début du grand virage vers la droite [73]. Raphaël Saller constate alors que « l’apparentement communiste du R.D.A. appartient au passé ».
Or, trois mois auparavant, M. Houphouët-Boigny avait déclaré aux « Assises nationales françaises de la paix » :
« Eh bien, chers amis, chers compagnons de lutte, les peuples d’Afrique noire comme votre peuple ne feront pas, ne feront jamais la guerre contre l’Union soviétique, aux peuples libérateurs des peuples opprimés, des peuples colonisés » [74].
Autre exemple de contradiction : en avril 1950 à Gennevilliers, Félix

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