terrien de Côte d’Ivoire. « Seules, précise M. Houphouët-Boigny, des sociétés comme la Sproa pouvaient avoir de plus grandes [exploitations agricoles] » [18].
Médecin africain de profession, M. Houphouët se comporte, tout naturellement, en planteur : « C’était en 1932, déclare-t-il devant la Commission d’enquête. Les commerçants voulaient nous payer, comme toujours, le cacao à vil prix, un franc le kilo, et nous avons dû résister. J’étais médecin africain et j’ai dû quitter ma blouse de médecin pour aller avec les paysans à Abengourou » [19].
Planteur dans l’âme, il ne limite pas ses activités agricoles au café et au cacao.
Sa production de noix de cola doit être également fort importante puisque, pour l’écouler, il dispose de nombreux camions qui vont jusqu’à Bamako [20]. Mieux encore, commerçant avisé, soucieux de vendre ses produits au meilleur prix, il n’hésite pas à prendre place sur un des camions et à parcourir des centaines de kilomètres pour en surveiller personnellement la vente.
Par ailleurs, M. Félix Houphouët ne peut ignorer l’exemple, enthousiasmant pour un planteur africain, de la Gold Coast voisine, où « l’exploitation agricole est entre les mains des seuls Africains », dit-il. Il le sait bien puisqu’il a exercé ses fonctions de médecin à Abengourou, à quelques kilomètres de la frontière et de la zone cacaoyère du futur Ghana. Il connaît même le tonnage : ces planteurs, précise-t-il, ont produit « 30 000 tonnes de cacao contre 50 000 de ce côté-ci de la frontière ». Les propriétaires terriens de Côte d’Ivoire, il en est convaincu, peuvent faire autant sinon mieux.
Intellectuel, riche et avide de respect, M. Houphouët ressent de toute évidence davantage que d’autres le caractère abject du racisme étalé dans les colonnes de la presse locale. D’autant que cette même presse met en relief l’extrême richesse potentielle de « ce pays plein de ressources et d’un avenir illimité », de cette « colonie la plus riche du groupe… ». Elle ne cache pas, comble de cynisme, « que les indigènes supportent la quasi-totalité de

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