la voie de l’ivoirisation au rabais : pour encourager les jeunes à entrer à l’École Normale Supérieure, il décide de ramener de trois à deux ans la scolarité et de relever le taux des bourses de 35 000 à 45 000 F. C.F.A.
Ainsi « l’ivoirisation au rabais » jadis rejetée avec hauteur par le président Houphouët-Boigny, se trouve matérialisée dans les pires conditions, c’est-à-dire sous la contrainte des événements ou de facteurs politiques et socio-économiques échappant à son contrôle. Pire, la situation va en s’aggravant.
Depuis mars 1974, le développement anarchique de l’éducation aboutit à l’arrivée sur le marché du travail d’un nombre grandissant de jeunes Ivoiriens titulaires du Brevet ou du Baccalauréat. Ne trouvant plus de travail dans l’administration, ils se tournent bien entendu vers le secteur privé. Pour leur part, les très nombreux chefs d’entreprises expatriés rechignent à débaucher leurs employés européens pour faire place aux Ivoiriens. Or cette masse de jeunes lettrés peut représenter un facteur de déstabilisation. M. Houphouët-Boigny en est conscient. Il lance donc un appel personnel pressant et solennel aux chefs d’entreprises, surtout
européens et libanais réunis pour la circonstance à la Présidence de la République :
« Cette année nous avons eu, leur déclare-t-il, 1 600 bacheliers ; dans un proche avenir, on pourra compter au moins dix mille bacheliers par an avec des dizaines de milliers de jeunes gens dont les études s’arrêtent
au niveau du brevet ou de la terminale, avec des centaines de milliers qui n’ont pu aller au-delà du Certificat d’études primaires.
Il faut que cette jeunesse travaille. Le pays connaîtrait, ajoute-t-il, un danger mortel si les responsables que nous sommes laissions s’installer sur notre sol le chômage intellectuel… » [25]
Et pour terminer, il demande à ses auditeurs, sur un ton menaçant, et sous peine d’expulsion, de débaucher leurs cadres moyens et de les remplacer par des originaires du pays. Ces mises en garde auront peu d’effets et les menaces de sanction resteront lettre morte.
Dans les postes de commandement de la Fonction Publique aussi, les choses laissent beaucoup à désirer en dépit de l’hommage à « l’éminente valeur de nos sous-préfets ». Ainsi, M. Mathieu Ekra, ministre d’État chargé de l’Intérieur, se plaint précisément de la désinvolture des préfets et des sous-préfets.

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