séances de dialogue entre le président Houphouët-Boigny et les cadres, l’un de ces derniers, M. Manke, constatait publiquement que « la terre ivoirienne, si on n’y prend garde, risque de devenir un jour la propriété d’un groupe de privilégiés… ».
Hélas, le président Houphouët-Boigny ne parait nullement conscient, jusqu’à ce jour, du contenu explosif du problème : il veut ignorer que la Côte d’Ivoire est, très probablement, le seul pays d’Afrique où une partie infime de la population détient un pourcentage aussi élevé des terres arables. Il se refuse à admettre que cette concentration de la propriété foncière rendra tôt ou tard inévitable une réforme agraire.
Il vaudrait certainement mieux qu’elle se fasse à froid.

L’intelligentsia courtisée


Deuxième volet de la stratégie conçue par le président Houphouët-Boigny au lendemain des “complots” : les fonctionnaires, la nécessité de les amadouer.
Les attaques contre les fonctionnaires avaient effectivement cessé de façon abrupte dès la fin de 1963. Il faut en chercher la cause, comme je l’ai déjà relevé, dans l’isolement absolu du régime à la suite de l’élimination des représentants de la bourgeoisie naissante et des intellectuels formés dans des universités françaises. De plus, le régime hésitait à s’appuyer sur l’armée, dont la fidélité paraissait fort douteuse, comme en témoignait le coup d’État au Togo avec l’assassinat d’Olympio et celui du Congo-Brazzaville avec l’élimination de Fulbert Youlou.
Le président Houphouët-Boigny essaie donc de se rapprocher de la masse des fonctionnaires.
Dès le 28 septembre 1963, au stade d’Abidjan, lors du grand meeting, il se livre à une autocritique publique :
« … Il est juste de reconnaître que, depuis quatre ans [les fonctionnaires] ont supporté avec dignité le blocage de leurs traitements… Des erreurs ont pu être commises dans l’application du Statut de la Fonction Publique, et que nous avons l’impérieux devoir de redresser… Dès qu’avec le concours de la direction syndicale nous aurons rétabli la justice dans la Fonction Publique, nous ouvrirons la voie au déroulement normal des carrières…
« Le sacrifice que nous avons dû demander à une minorité de fonctionnaires en leur retirant le logement dont ils bénéficiaient en raison de certains postes qu’ils occupaient, sera largement compensé… »
Il multiplie des appels aux fonctionnaires, les couvre d’éloges, du jour au lendemain. Ceux-ci lorgnent, il le sait, les postes occupés

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