de francs CFA de commissions. Jusque-là les contrats négociés étaient relativement modestes et donnaient lieu à des ristournes, elles aussi, relativement modestes. Dans le cas des sucreries, des dizaines de milliards de francs CFA étaient en jeu, et des milliards en dessous de table. Comment le Président pouvait-il ne pas intervenir dans une affaire de prévarication qui, par son ampleur même, s’était transformée en affaire politique ?


M. Houphouët-Boigny n’en continue pas moins de temporiser.


Il se tait alors que la propagation de ces rumeurs intervient au moment même où le pays traverse une crise sociale majeure. En janvier, l’agitation estudiantine est telle que le gouvernement ordonne la fermeture de l’université. De nombreux étudiants sont arrêtés puis remis en liberté. Quelques semaines plus tard, une seconde grève amènera le gouvernement à interner 700 d’entre eux au camp militaire d’Akouedo et à celui de la gendarmerie d’Agban. Même agitation au sein des étudiants à l’étranger. Pour les calmer, on portera de 45 000 à 60 000 francs CFA le montant mensuel de leur bourse.


Les fonctionnaires, eux, sont sur le qui-vive : une fois encore, il est question de ne plus reconnaître leur droit au logement alors qu’il n’est nullement remis en cause pour les militaires, les policiers ou les coopérants étrangers.


Mais la raison principale du malaise social, il convient de la chercher dans la pénurie aiguë de denrées alimentaires, en particulier de riz. Il y aura des émeutes. Elles seront particulièrement violentes à Bouaké, seconde ville du pays.



Dans les "maquis" de Treichville, d’Adjamé, d’Abobo, "les milliards empochés" par les dirigeants constituent le thème central des discussions. Pour assainir cette atmosphère sans aucun doute délétère, le président Yacé veut, disent ses proches, calmer les esprits.
Il cherche surtout, semble-t-il, à forcer la main à M. Houphouët-Boigny, à l’amener à sévir.


A Abidjan, une manchette de Fraternité Matin signale que le "Bureau Politique a décidé de soumettre au vote de l’Assemblée nationale un projet de loi visant à réprimer de la façon la plus sévère la corruption à tous les niveaux et sous toutes les formes"
Fraternité Matin du 15.3.1977.. Le Président, lui, toujours hésitant, n’accorde qu’un

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