moral d’un fidèle du Président. Quelle désillu­sion !

« Tu sais, Baulin, me dit-il en m’accueillant, on ne savait pas tout ce qui se pas­sait. Sais-tu que le Président se pré­pa­rait à la guerre civile et pour ce faire cher­chait à créer une armée paral­lèle ? Sais-tu qu’il avait mis en poche le prix de vente du DC 6 ? Sais-tu que la Présidente cons­trui­sait des villas avec l’argent du budget ? Sais-tu qu’on a décou­vert une valise pleine de billets de banque pour 50 mil­lions de francs CFA chez Sidibé ? » [8]

J’essaie de le calmer. Je lui dis que quand quelqu’un tombe, les coups de pied de l’âne pleu­vent, que ça prend la forme de ragots inno­cents dans la meilleure des hypo­thè­ses, et de calom­nies vicieu­ses dans la pire. Peine perdue. Il ne veut pas écouter. Lui aussi veut se donner bonne cons­cience.

Et Maitouraré Gadjo ? Depuis mon arri­vée à Niamey, j’attends avec une impa­tience crois­sante son retour du Nigéria. Mon meilleur ami nigé­rien était-il au cou­rant ? A-t-il, lui aussi, trahi la confiance de celui dont il était, incontes­ta­ble­ment, le bras droit ?

Je connais­sais la très grande amitié qui le liait à Sani. Ils se voyaient chaque jour, plu­sieurs fois par jour. D’autres offi­ciers comme Sory, Boulama Manga, Sala, etc., tous mem­bres du Conseil Militaire Suprême, étaient également ses amis. Il leur avait rendu, à tous, de menus ser­vi­ces (bons d’essence, prêts).

Par contre, ses rela­tions avec Kountché, déjà peu cha­leu­reu­ses, étaient deve­nues exé­cra­bles du jour où, le Président étant en dépla­ce­ment à l’étranger, des rumeurs de coup d’État pro­ve­nant de l’entou­rage de l’ambas­sa­deur de France, M. Wintrebert, avaient amené Maitouraré à mettre en état d’alerte _avec l’aide de Sani !_ la gar­ni­son de Niamey, en pas­sant par-dessus la tête de son com­man­dant… Seyni Kountché. Tout Niamey savait que celui-ci avait consi­déré cette ini­tia­tive comme une insulte per­son­nelle, que l’affaire avait été portée au niveau de la Présidence de la République. L’affaire s’était arran­gée même si Kountché lui avait gardé, depuis, une ran­cune tenace.

Alors ?

Le samedi 18 à 11 h 20, je suis à l’aéro­port pour accueillir Maitouraré _arri­vant de Lagos via Kano et Maradi. Il est accom­pa­gné de

<< 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 >>
Creative Commons License Fonds d’archives Baulin (http://www.fonds-baulin.org), développé par Résurgences, est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons : Paternité-Pas d’Utilisation Commerciale-Pas de Modification 2.0 France.
Plan du site
Site propulsé par l'Atelier du code et du data, chantier d'insertion numérique