Le vendredi 5 avril 1957, M. André Blanchet, envoyé spécial du quotidien Le Monde, attend, à l’aérogare de Port-Bouët, prés d’Abidjan l’arrivée du Premier ministre du nouvel État souverain du Ghana. Son opinion ? « Deux grands destins, écrit-il, vont se joindre pour quelques heures, deux conceptions de l’Afrique vont s’affronter... L’idéal d’une indépendance complète, accompli un mois plus tôt par Kwame N’Krumah... [et] celui d’une communauté franco-africaine... »
Effectivement, à part la couleur de la peau et une compréhension directe approximative à travers deux langues vernaculaires proches, tout sépare les deux hommes. Et ce fossé ira en s’élargissant.
De cultures et de niveaux culturels hétérogènes, ayant eu à combattre deux systèmes de colonisation tendant théoriquement à des objectifs diamétralement opposés, conditionnés par des ambiances coloniales dissemblables aussi bien en Afrique qu’en métropole, ces deux fleurons de la colonisation représentent, de plus, des avant-gardes populaires différentes. La dissymétrie remonte d’ailleurs à la naissance : l’Ivoirien est fils de chef, le Ghanéen fils d’artisan.
Les origines des deux mouvements anticolonialistes ne sont pas moins dissemblables. Le mouvement d’émancipation de la Côte de l’Or est à direction intellectuelle, c’est-à-dire classique, similaire à ceux des Balkans au XIXe siècle et du Proche-Orient arabe au XXe siècle. En Côte d’Ivoire par contre, l’étendard de la révolte est brandi « par les planteurs, baoulés essentiellement, réunis au sein du Syndicat Agricole Africain pour combattre la position privilégiée du planteur européen » [1]. L’hétérodoxie du