« des fétiches remis au Président par les marabouts pour le protéger et qu’il chargeait Sani d’enterrer. Or, ajoute-t-il, maintenant on dit que Sani les enterrait puis, pour en neutraliser les effets, urinait dessus debout... »

Maitouraré ? « Il n’a pas été arrêté parce que, probablement, les militaires ont besoin de lui. » Je cherche à rencontrer deux jeunes officiers que j’avais connus quelques semaines avant le coup d’État. Ils m’avaient été présentés, à leur demande expresse, par un ami. Pour leur éviter d’éventuels ennuis, je les contacte à travers l’ami précité. L’un d’eux est disponible. Il discute librement et se sent, de toute évidence, très à l’aise. Son opinion ? Quel dommage que cours et Congrès aient tellement tardé ! Maitouraré lui paraît hors du coup. Les militaires ne pourront justifier leur recours à la force que s’ils réussissent à résoudre les problèmes fondamentaux du Niger. « Et tu crois que vous pourrez le faire ? » « Oui », répond-il, car « nous disposons d’une force autrement mieux organisée et disciplinée que le PPN de Diori Hamani. »

Je rencontre aussi Issoufou Oumarou. Ce jeune haoussa du Niger avait été élevé au Nigéria dans la religion chrétienne par des missionnaires anglais. Ayant atteint l’âge de vingt ans, l’un des missionnaires l’avait raccompagné au Niger pour le présenter au Président qui l’avait en quelque sorte adopté puis l’avait poussé dans ses études. Sa promotion avait été d’autant plus rapide qu’il était à peu près le seul nigérien ayant une bonne connaissance de l’anglais.

Je suis donc passé le voir à son bureau de la Commission Niger-Nigéria parce que, selon l’un de mes précédents interlocuteurs, il était censé être « complètement abattu ». Je me proposais donc de remonter le moral d’un fidèle du Président. Quelle désillusion !

« Tu sais, Baulin, me dit-il en m’accueillant, on ne savait pas tout ce qui se passait. Sais-tu que le Président se préparait à la guerre civile et pour ce faire cherchait à créer une armée parallèle ? Sais-tu qu’il avait mis en poche le prix de vente du DC 6 ? Sais-tu que la Présidente construisait des villas avec l’argent du budget ? Sais-tu qu’on a découvert une valise pleine de billets de banque pour 50 millions de francs CFA chez Sidibé ? » [8]

J’essaie de le calmer. Je lui dis que quand quelqu’un tombe, les coups de pied de l’âne pleuvent, que ça prend la forme de ragots

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