prendre automatiquement parti pour les colons contre les Africains. Ainsi, quand un décret du gouvernement d’Alger, daté du 7 août 1944, autorise la création de syndicats professionnels en Afrique, il ne cherche pas à biaiser : dans les 24 heures, le Syndicat Agricole Africain (S.A.A.) - créé le 3 juillet 1944 - voit officiellement le jour [31].
Cette décision soulève un tollé. Partisans et adversaires des planteurs en fournissent des exégèses différentes dont la caractéristique commune mais non apparente est de mettre en relief l’importance exceptionnelle du tournant. La création d’un syndicat agricole africain était pourtant devenu une question de vie ou de mort. « Les planteurs africains, déclarait M. Houphouët à une réunion du Syndicat, à la veille d’une faillite sans précédent… ont cherché… sans aucune considération de classe, de race, d’éducation, le remède souverain à leurs maux… Il était temps. Faute d’union, riches ou pauvres, lettrés ou ignorants, voyaient le café, le cacao sécher sur les arbres, l’herbe envahir et étouffer leurs plantations… ».
Quand aux causes de la faillite imminente, il rappelait « la suppression brutale des manœuvres recrutés aux seuls planteurs africains, la quasi-impossibilité d’embauchage de manœuvres volontaires du fait de la fuite des travailleurs vers la Colonie anglaise voisine… ».
Mais quels sont, au fait, les initiateurs de ce Syndicat ? Paradoxalement, on ne peut préciser leurs noms. En effet, une déviation de type soviétique [32] chez les dirigeants ivoiriens : à certaines époques, les noms des personnalités en disgrâce disparaissent des listes honorifiques, et sont remplacés par d’autres. C’est pourquoi nous nous en tenons à la liste officielle qui me fut remise, à ma demande, par le secrétariat de M. Joseph Anona, et daté du 15 Avril 1964 [33].
Une caractéristique commune : tous les noms sont ceux de gros planteurs. M. Houphouët-Boigny, qui est fier de son titre de Président-Paysan, non seulement ne fait pas la moindre tentative pour camoufler cette réalité, mais insiste, au contraire, beaucoup sur cet aspect particulier, typique, de son organisation syndicale. « De gros planteurs, déclare-t-il, en août 1977…, sont venus me demander

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