civilité et de courtoisie vis-à-vis des races inférieures et que par politesse on appelle seulement attardées… » [6]. Un an plus tard, le même journal, ose publier, tranquillement, un article où il est dit que « les Noirs ont de l’amitié la même conception que les prostituées ont de l’amour. Il faut être payeur ou payé, cocu ou souteneur ». M. Charles Modeste, porte-parole des colons, ira encore plus loin en qualifiant textuellement les travailleurs ivoiriens de « cheptel » [7]. En France, le Front Populaire se trouvait alors au pouvoir…
Les dirigeants, particulièrement obtus, de cette même presse, ne se limitent pas à ces généralisations abusives de caractère raciste. Ils s’attaquent nommément aux évolués et de façon particulièrement provocante. « Donneriez-vous en France le droit de vote à des enfants de quatorze ans ? écrit l’un d’eux. Non ! Eh bien l’indigène de nos colonies [et encore des plus évoluées !] peut-être comparé à un enfant de cet âge à peine » [8].
On imagine facilement les réactions des jeunes intellectuels ivoiriens devant l’étalage de concepts aussi imbéciles, énoncés, de plus, par des gens ne représentant sûrement pas la fine fleur du peuple français.
M. Houphouët citera à ce sujet le cas de M. Lagarosse, sénateur de la Côte d’Ivoire, « parti [de France] simple ouvrier [et] s’il était resté dans la métropole, il serait certainement parmi les communistes… Et malheureusement », ajoute le député de la Côte d’Ivoire, « M. Lagarosse n’est pas le seul ! Ils sont nombreux ces petits hommes… qui se sont installés sur place et qui aujourd’hui sont pires que les réactionnaires nés ! ».
Mais ce problème de dignité blessée mis à part, l’accumulation accélérée, grâce au travail forcé, explique dans une grande mesure l’irrésistible ascension de la bourgeoisie terrienne en Côte d’Ivoire. Chefs traditionnels, et éléments lettrés ou simplement évolués, prennent conscience de l’importance des cultures spéculatives et s’y lancent.
L’accession au statut de propriétaire terrien, de planteur, s’avère particulièrement

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