aisé pour les chefs traditionnels : ils se contentent en effet de transformer leurs droits de souveraineté sur les terres tribales - surtout en zones caféières et cacaoyères, en régions agni et baoulé - en droit de propriété privée du sol. « Dès l’entre-deux guerres, note M. R. Barbé [9], la propriété collective du sol avait fait place à l’appropriation personnelle [ou à celle de la famille étroite] ».
Et pourtant, selon un décret du 23 octobre 1904, les terres formant la propriété collective ne pouvaient être cédées (ou accaparées) sans accord de l’Administration. Celle-ci n’essaiera jamais, du moins à notre connaissance, d’utiliser ce décret.
Un autre élément facilitera et accélèrera le processus de formation de la bourgeoisie terrienne : le passage de la propriété collective à la propriété privée de la terre ne s’accompagnera pas, en effet, durant une longue période, de modifications notables dans les relations à l’intérieur de la communauté villageoise. En effet, les différentes catégories de chefs continueront à recevoir diverses prestations du travail des membres du lignage, des captifs ou de leurs descendants, etc., accélérant ainsi l’accumulation de richesses aux mains de quelques-uns.
En somme, le chef, gardien par tradition des biens du village, avait pu se métamorphoser complètement en propriétaire de ces biens, sans, pour autant, que ses prérogatives soient altérées ou contestées.
Bien entendu, l’accumulation se trouve accélérée davantage encore chez ceux qui disposent de nombreux “captifs”. Certes, lors de la conquête du territoire, l’administration avait proclamé l’abolition de l’esclavage sous toutes ses formes. Mais elle préférait fermer les yeux pour ne pas se créer de tracas supplémentaires. Esclaves, captifs de case et autres serfs ne forment pas des minorités peu nombreuses : dans certaines régions, on comptait, à la veille de la première guerre mondiale, autant d’esclaves que d’hommes libres. Houphouët-Boigny reconnaîtra au demeurant la persistance de ce fait social bien après la conquête et la pacification en me confiant, en avril 1969 :
« … Moi, je libérai mes captifs dès 1939, et pas seulement en paroles ; je les ai renvoyés de chez moi, car mon raisonnement à ce moment là était : chaque époque a ses propres esclaves et à l’heure actuelle, les salariés sont les esclaves des temps modernes ».
Une telle déclaration implique que certains chefs

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